jeudi 22 septembre 2016

Nadia Geerts crache dans la main tendue des féministes musulmanes, voilées ou non voilées

Nadia Geerts se laisse aller suite à la publication dans  La Libre d’un texte intitulé « Voilées et féministes », dans lequel des féministes musulmanes voilées et non voilées appellent, selon Nadia Geerts elle-même, à « se rencontrer pour que nous fassions enfin société ensemble ».
Dans le climat de tension extrême que nous connaissons actuellement, nous pourrions raisonnablement nous attendre à ce que les féministes, ne seraient-ce qu’elles, fassent un effort pour entendre les appels à la rencontre et plus si affinités.
Mais derechef Nadia Geerts décline la proposition au nom de sa définition du féminisme : « Nous sommes dans un pays libre. Mais alors, nos chemins se séparent ici. Votre féminisme n’est pas et ne sera jamais le mien ».
Quelle est donc cette fameuse définition du féminisme qui le rend incompatible avec la fréquentation de féministes musulmanes ?
Pour Nadia Geerts, « pas question de lui interdire de conduire un dix-huit tonnes, de jouer au football, de devenir policière, mécanicienne auto ou tout autre métier qu’il lui plaira de faire ». Personnellement, cette définition du féminisme en matière professionnelle me semble assez limitée, vu que l’inverse n’est même pas mentionné (par exemple, voir plus d’hommes épouser des carrières traditionnellement réservées aux femmes, comme puériculteurs, hommes de ménage, monsieur pipi, pour n’en citer que quelques-unes). Mais soit. Il conviendrait alors au moins de démontrer que le port du voile rend ces professions inaccessibles aux femmes voilées. Comme une image peut avoir plus de poids qu’un long discours, j’ai créé ce petit montage-photos.

Nadia Geerts ne prend pas la peine de faire la démonstration et elle a bien raison car il est impossible de démontrer que port du voile et accès à des occupations traditionnellement masculines sont incompatibles. La première femme de ce montage « s’appelle Alima Ndiaye, une femme née le 14 septembre 1972 à Pikine. Elle exerce le dur métier de mécanicienne depuis 2003, un métier « viril », dévolu pendant longtemps aux hommes. Aujourd’hui, elle est la présidente des mécaniciens et mécaniciennes du Sénégal. Alima n’est pas la première femme, dans sa famille, à exercer ce métier. Sa tante était mécanicienne d’avion et son père mécanicien automobile ». Elle s’adresse régulièrement à la communauté musulmane de son pays pour les encourager à faire réviser leur automobile afin de limiter les accidents de la route[1]. Elle a été mise à l’honneur dans son pays lors de la journée internationale de la femme le 8 mars.
La dernière femme du montage est pakistanaise. « C'est la nécessité qui a poussé Shamim Akhter, une mère divorcée de 53 ans, à devenir la première conductrice de « truck », ces poids-lourds brinquebalants ornés d'exubérants motifs qui font partie du folklore pakistanais. Abandonnée par son mari après la naissance de cinq enfants, Shamim Akhter s'est échinée à faire vivre sa famille de petits boulots pendant des années, avant de conduire des camions et d'entrer ainsi dans l'histoire. Elle travaille depuis, de nuit comme de jour, avec des collègues masculins pour transporter des briques dans la capitale Islamabad »[2]. C’est le très conservateur « Figaro » qui a choisi d’en parler.
Pour ce qui est des footballeuses (mais on pourrait parler des rugbywomen, des boxeuses ou de bien d’autres sportives), la Fédération internationale de football (FIFA) a annoncé le 3 mars 2014 l'autorisation du port du voile ou du turban. Il faut croire que tellement de femmes portant le voile pratiquent le football qu’il devenait totalement impossible de nier le phénomène.
Quant aux femmes policières britanniques, il faut ne jamais avoir mis un pied à Londres pour ne pas savoir que plein de policières y portent le foulard en uniforme. J’ai moi-même été contrôlée au sortir de la Grande-Bretagne par une policière en foulard, qui m’a traitée de façon totalement égale par rapport à mon amie Farida, portant le foulard, qui m’accompagnait. Je ne peux pas en dire autant du digne représentant de la France républicaine qui, au passage de la frontière française avant de reprendre l’Eurostar, n’a pas contrôlé mon identité sur l’ordinateur, alors qu’il l’a longuement fait pour Farida et son fils. Comme quoi on peut porter le foulard comme policière et respecter l’égalité et la déontologie professionnelle et représenter le drapeau français et pratiquer la discrimination. Mais je m’éloigne… ou si peu.
Nadia Geerts, après avoir rappelé « sa » définition du féminisme sans apporter aucune preuve de son incompatibilité avec le port du voile, après avoir répété ses arguments habituels contre celui-ci, s’en prend alors violemment à ces femmes signataires (dont, rappelons-le, certaines portent le voile, d’autres pas) en déclarant ceci : « Je ne vous mets pas dans le même sac que des assassins, contrairement à ce que vous prétendez que « nous » pensons. En revanche, je pense que vous pratiquez un fascinant aveuglement volontaire sur ce qu’est le voile islamique aujourd’hui. Je ne mets nullement en doute le fait que celles d’entre vous qui en sont venues à porter le voile y sont arrivées par des chemins variés. Mais je pense que vous contribuez, par votre positionnement en tant que « voilées et féministes » à servir un projet politique qui, très certainement, vous dépasse ».
Si on comprend bien ce que dit Nadia Geerts, ces femmes ne sont pas des assassins (merci à elle !) mais elles contribuent, par la simple défense du droit de porter le voile, au projet politique de ceux-ci. Et qui plus est, ces femmes sont totalement incapables d’analyser un projet politique. Je ne vois pas d’autres façons de comprendre son message et il est scandaleux. C’est ce que Raphaël Liogier appelle l’interprétation délirante des apparences[3].
Les signataires du texte de la Libre tendaient la main pour une rencontre et une discussion, précisément, des projets politiques : « Ne nous contraignez pas au repli communautaire, devenons des alliés (…) Nous voulons vraiment faire société ensemble, avec nos ressemblances et nos différences. Chiche ? »[4]. C’est au nom d’un féminisme très limité que Nadia Geerts leur répond : pari perdu !
Pour ma part, je relève le « Chiche ? ». Et je suis convaincue qu’il est parfaitement possible de débattre, toutes ensemble, du droit des femmes à ne pas porter le foulard, de la nécessité de soutenir celles qui mènent ce combat dans les sociétés qui les y contraignent, de la meilleure façon de faire échec aux intégrismes de toutes sortes, y compris celui de la finance, du néo-libéralisme et de la volonté coloniale d’imposer « notre » civilisation à la totalité de la planète.
 




[1] http://www.sen24heures.com/?Special-8-mars-Elle-c-est-la
[2] http://madame.lefigaro.fr/societe/pakistan-nouvelle-generation-de-conductrices-camion-110116-111670
[3] Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation, Essai sur une obsession collective, Éditions du Seuil, Paris, 2016 page 113
[4] http://www.lalibre.be/debats/opinions/citoyennes-feministes-et-musulmanes-57dabba635704b54e6c338cc

Interview dans le journal portugais Diario de Noticias (quotidien portugais)

Source  "Ao olhar para os militares nas ruas as pessoas apenas sentem que estão em guerra"

Nadine Rosa-Rosso é professora em Molenbeek e trabalha com mães de jovens que foram para a Síria Seis meses após os atentados de Bruxelas, a presença de soldados nas ruas da capital belga ainda é forte. Os olhares tornam a virar-se para Molenbeek, onde se escondia Salah Abdeslam, mas Nadine Rosa-Rosso, professora no bairro, diz ser preciso ampliar o ângulo para ver o que realmente se passa.
Trabalha com famílias de jovens que foram para a Síria. Como tudo começou?
Em abril de 2013, através de uma professora, tive contacto com duas mães de dois rapazes menores que tinham desaparecido de casa para irem para a Síria. Um com 15 anos e outro com 16. Este último foi juntar-se a um irmão que já tinha ido antes e na altura tinha 20 anos. As mães estavam em pânico. Eram jovens sem problemas familiares ou escolares. Então comecei a ajudá--las. Elas foram à polícia e lá disseram que não podiam ajudá-las porque eles já estariam na Síria. Depois elas souberam que eles ainda estavam na Turquia e pediram ajuda para os trazer de volta. Mas não obtiveram grande apoio. Uma delas foi procurar o filho na Turquia e ele voltou. O outro não quis regressar e continua lá com o irmão na Síria. O grupo de mães foi crescendo depois. E eu como ensino francês propus criar um ateliê de escrita.
É professora em Molenbeek. Essas pessoas são todas de Molenbeek?
Não. Há muitas, por exemplo, de Schaerbeek. Molenbeek foi posto em evidência por causa dos atentados de Paris. Mas a célula terrorista surgiu em Antuérpia, passou por Vilvorde, Schaerbeek, etc. Há jovens de várias comunas. Em Bruxelas há 19 comunas. Fala-se de Molenbeek porque os atentados de Paris foram cometidos por uma pessoa que vivia em Molenbeek. O que constatei ao trabalhar com mães, algumas também de Antuérpia, é que não há um perfil-tipo de família. Há famílias ricas, menos ricas, famílias de casais unidos, famílias monoparentais.
Todos os jovens em questão são nascidos na Bélgica?
Sim. Todos. Mas não é possível estabelecer um perfil-tipo destes jovens que vão para a Síria. Este livro que coordenei, Le Bonheur Est Parti avec Toi, é escrito por Samira Laakel, a mãe de uma rapariga de 18 anos, Nora, que foi para a Síria em maio de 2013. A filha era uma rapariga aparentemente normal e sem quaisquer problemas.
Que relação tem com Molenbeek?
Eu vivi 15 anos em Molenbeek até 2001. E trabalho lá há outros 15 anos também. Os meus filhos estudaram em Molenbeek.
Como evoluiu esta comuna ao longo dos tempos?
Em Bruxelas há aquilo a que chamo o crescente da pobreza, que é formado por comunas que vão desde a Gare du Midi à Gare du Nord. Molenbeek é uma delas. São zonas onde os imigrantes se concentraram. Na Gare du Nord mais os turcos. Na Gare du Midi mais os italianos, os espanhóis, os portugueses, os gregos e depois, numa segunda vaga, também marroquinos. Sempre foram bairros pobres e operários. Em Bruxelas, ao contrário de cidades como Paris ou Londres, os subúrbios são ricos e o centro é que é pobre. É um modelo diferente.
Quais os principais problemas hoje em dia?
A pobreza cresceu e a revolta dos jovens contra o controlo da polícia. Estas comunas são encaradas como fontes de insegurança. Todas as políticas destinadas aos jovens são no fundo políticas de segurança que visam controlá-los. Isso cria desconfiança nos jovens em relação a tudo. Muitos polícias são de fora de Bruxelas, falam flamengo com os jovens, que não os entendem.
O facto, porém, é que depois dos atentados, toda a gente olha para Molenbeek como um ninho de jihadistas...
Sim. Mas não corresponde à verdade. Não há mais jovens de Molenbeek a terem ido para a Síria do que de outras partes da Bélgica. Vilvorde é uma zona flamenga e que também é belga. É preciso ter em conta que o ministro do Interior é do partido nacionalista flamengo NV/A e que há uma tentativa de desacreditar Bruxelas e desviar as atenções da Flandres. É verdade que em Molenbeek há uma grande concentração de pessoas de origem marroquina e que os recrutadores andaram lá.