mardi 2 août 2016

Le mythe de l’Europe en paix depuis 1945 : l’exemple français

Au lendemain des attentats du 13 novembre à Paris, devant le Congrès, François Hollande affirmait d’un air grave « La France est en guerre ». Il le répète inlassablement après chaque nouvel attentat ; après Nice, il précisait « à l’extérieur et à l’intérieur de la France ». La terre sacrée des droits de l’homme, de la paix et des Lumières se réveille en état de guerre, lâchement attaquée par la barbarie et l’obscurantisme.
Voilà la version de l’histoire à laquelle nous devrions tous adhérer, nous peuples de l’Europe civilisée qui avons réussi à vivre dans la paix depuis septante ans.
En réalité, nous n’avons jamais cessé d’être en guerre. Et la France est un exemple clair de ce permanent état de guerre. Un rappel historique s’impose.

Une époque de guerres ininterrompues


Le général Giap,
et Ho Chi Minh, 
La seconde guerre mondiale à peine terminée, le gouvernement provisoire français, issu des forces de la résistance, souvent pris en exemple par la gauche actuelle, envoie un corps expéditionnaire au Viet Nam (qui fait partie de l'Indochine française à l’époque), pour tenter de mater la guerre d’indépendance. Sous la présidence de Léon Blum, figure politique modèle de la gauche actuelle, l’intervention devient une véritable guerre. La France envoie près d’un demi-million de soldats pour garder sa colonie ; 43.5% de cette armée sont composés de soldats d’autres colonies françaises (Maghreb et Afrique Noire) ! La France sera défaite lors de la bataille de Dien Bien Phu en mai 1954.

Pendant la même période, en 1947, la France organise un massacre à Madagascar, contre la révolte des Malgaches ; entre 11.000 morts, selon les chiffres officiels français et 100.000 selon les résistants malgaches. Là aussi, les troupes de répression françaises sont composées en grande partie de soldats provenant des colonies africaines et maghrébines…


Ces guerres intenses n’empêchent pas la France de prendre part pendant la même époque à la guerre de Corée, du 25 juin 1950 au 27 juillet 1953. Une coalition de dix-sept états (dont la Belgique et la Grande-Bretagne), emmenés par les États-Unis, sous bannière ONU, avec pour objectif, tout comme en Indochine de s’opposer aux luttes de libération dirigées par des forces communistes. Ces deux guerres ont fait plus de deux millions de morts. La guerre oubliée de Corée fut une guerre de destruction massive (en termes d’aujourd’hui on appelle ça un génocide), la capitale Pyongyang fut entièrement rasée : « Au début de l'attaque, les 14 et 15 décembre, l'aviation américaine lâcha au-dessus de Pyongyang 700 bombes de 500 livres, du napalm déversé par des avions de combat Mustang, et 175 tonnes de bombes de démolition à retardement qui atterrirent avec un bruit sourd et explosèrent ensuite, quand les gens tentèrent de sauver les morts des brasiers allumés par le napalm. Début janvier, le général Ridgway ordonna de nouveau à l'aviation de frapper la capitale Pyongyang « dans le but de détruire la ville par le feu à l'aide de bombes incendiaires » (objectif qui fut accompli en deux temps, les 3 et 5 janvier 1951) »[1]

Tant la guerre du Vietnam que la guerre de Corée aboutirent à la partition des deux pays. Le Vietnam obtiendra sa réunification par une nouvelle longue guerre d’indépendance, contre les États-Unis cette fois, en 1975. La Corée quant à elle n’est toujours par réunifiée et toujours occupée, au Sud, par les États-Unis. Voilà le genre de paix dont ont bénéficié les nations autoproclamées civilisées dès la fin de la seconde guerre mondiale. Des guerres vite oubliées chez nous mais par par les peuples concernés.

Et les peuples concernés ne sont pas que les peuples asiatiques. La victoire des Vietnamiens de 1954 contre la métropole française a donné un élan irrésistible aux autres luttes de libération partout en Afrique.
Loin de tirer les leçons de son humiliante défaite au Vietnam, la France a poursuivi sur sa lancée coloniale : « Entre 1960 et 1998, il y a eu 60 interventions militaires françaises en Afrique subsaharienne, dont 23 pour ‘maintien de l’ordre’ au service d’un régime ami, et 14 pour changer un gouvernement disqualifié aux yeux des dirigeants français ! »[2].

La plus célèbre, en ce qui concerne la France, est naturellement la guerre d’Algérie. Je veux seulement revenir sur quelques aspects. Tout d’abord, la position du Parti Communiste Français, pourtant encore auréolé de sa résistance exemplaire à l’occupant nazi, à l’égard des manifestants nationalistes algériens dès la libération. Le 8 mai 1945, une manifestation nationaliste à Sétif est réprimée dans le sang, et la révolte qui s’ensuit sera elle aussi matée avec une violence inouïe. Ici aussi les chiffres varient d’un millier à près de 80.000 selon le point de vue de l’historien. 

Comme l’explique Mohammed Harbi, « en France, les forces politiques issues de la Résistance se laissent investir par le parti colonial. " Je vous ai donné la paix pour dix ans ; si la France ne fait rien, tout recommencera en pire et probablement de façon irrémédiable", avait averti le général Duval, maître d’œuvre de la répression. Le PCF – qui a qualifié les chefs nationalistes de « provocateurs à gages hitlériens » et demandé que « les meneurs soient passés par les armes » – sera, malgré son revirement ultérieur et sa lutte pour l’amnistie, considéré comme favorable à la colonisation. »[3]

L'ennemi intérieur

Un autre aspect que je veux souligner ici, c’est la création de « l’ennemi intérieur », dans la politique et l’idéologie française, qui a pris corps pendant la guerre d’Algérie. « Le 17 octobre 1961, Paris a été le lieu d'un des plus grands massacres de gens du peuple de l'histoire contemporaine de l'Europe occidentale. Ce jour-là, des dizaines de milliers d'Algériens manifestent pacifiquement contre le couvre-feu qui les vise depuis le 5 octobre et la répression organisée par le préfet de police de la Seine, Maurice Papon. La réponse policière sera terrible. Des dizaines d'Algériens, peut-être entre 150 et 200, sont exécutés. Certains corps sont retrouvés dans la Seine. Pendant plusieurs décennies, la mémoire de cet épisode majeur de la guerre d'Algérie sera occultée »[4].


Selon Mathieu Rigouste[5], c’est de cette époque que date le concept d’ennemi intérieur, lié à la présence d’une immigration importante issue de la colonisation : L’histoire du contrôle de l’immigration dans la pensée militaire française permet d’analyser, en observant la reconstruction d’un ennemi intérieur socio-ethnique, la régénération puis la généralisation dans le temps et dans l’espace, d’une technologie conçue pour le contrôle exceptionnel de populations infériorisées ».
En réaction à l’attentat de Nice de juillet 2016, Georges Fenech, le président de la commission d'enquête parlementaire sur les attentats de 2015 a proposé la création d'"un Guantanamo à la française". Il propose de regrouper tous les djihadistes de retour de Syrie dans le centre pénitentiaire de l’île de Ré. Cette idée, qui suscite la polémique, plonge ses racines dans la guerre d’Algérie au cours de laquelle le gouvernement français créa des « camps de regroupement » destinés à placer les résistants du FNL et à les couper ainsi de tout appui dans la population algérienne. Il ne reste plus qu’à introduire officiellement la pratique de la torture en France et la boucle sera bouclée.C’est d’ailleurs un débat délirant au sein du Front National : réintroduction de la torture ou de la peine de mort pour Salah Abdelslam, tout peut être envisagé.

Assassinats politiques à grande échelle


L’histoire pacifique de la France ne se limite pas aux guerres ; la patrie autoproclamée des droits de l’homme a aussi développé une longue tradition d’assassinats politiques qui a exterminé les dirigeants nationalistes de l’Afrique et du Maghreb. Dans « Retournez les fusils », Jean Ziegler consacre un chapitre aux campagnes d’assassinats politiques organisées par les services secrets européens et développe le cas du Cameroun : « Tous les dirigeants nationalistes sans exception ont été assassinés l’un après l’autre : Ruben UmNyobe, en 1955 déjà, puis ses successeurs Isaac Nyobe Pandjok, David Mitton, Tankeu Noé »[6]. Il raconte le meurtre du jeune médecin Félix-Roland Moumié, chef de l’Union des Populations Camerounaises (UPC) invité à déjeuner à Genève par un « journaliste » français, qui mourut empoisonné la nuit suivante. Le journaliste était en réalité le colonel William Betchel, officier français du SDECE (service de documentation extérieure et de contre-espionnage) qui ne sera jamais condamné pour ce meurtre. Et tant d’autres cas encore…
Il est de bon ton aujourd’hui en Occident de dénoncer la corruption (réelle) de nombre de chefs d’État africains, mais il vaudrait mieux rappeler que nos gouvernements et leurs hommes de main ont assassiné pratiquement tout ce qu’il y avait de dirigeants nationalistes intègres qui voulaient rendre à l’Afrique son indépendance dans la dignité et la justice. En tant que Belge, je ne peux pas ne pas évoquer Patrice Lumumba, sauvagement assassiné par le commandant belge Weber, le 17 janvier 1961, et donc le corps fut ensuite dissous dans l’acide. Ses fils se battent toujours en vain aujourd’hui pour la condamnation des coupables et de l’État belge. Comme le rappelle Jean Ziegler : « Cette criminalité d’État fut implacable : il fallait, à tout prix, éliminer les leaders nationalistes authentiques afin de remettre le « pouvoir » à des « élites » autochtones préparées, suscitées et contrôlées par le colonisateur »[7]. Tuer Lumumba pour installer la marionnette Mobutu.

Guerres, torture, assassinats politiques, voilà les vrais visages de cette France porteuse des Lumières quand elle agit pour défendre son empire colonial et les intérêts de « ses » multinationales, Elf, Total, Areva, Bolloré, Eramet, Technip, Bouygues, Orange, Geocoton, Rougier, etc[8]. Et il ne s'agit pas d'une histoire ancienne mais de la vie quotidienne pour des millions d'Africains.

Ce qu’il y a de nouveau aujourd’hui, c’est que la guerre, ou du moins une infime fraction, a ses retombées chez nous, sur le sol français ou le sol belge. Des victimes civiles tombent, totalement innocentes, et plongent des familles dans l’horreur. Pourquoi avons-nous fermé les yeux sur tant de victimes innocentes dans le tiers monde, victimes de nos guerres coloniales ? Pourquoi continuons-nous à soutenir des gouvernements, des partis politiques qui perpétuent cette politique ? Si le discours des recruteurs du djihad touchent autant de jeunes, c’est parce qu’il est en grande partie imprégnée d’une rhétorique anti-impérialiste et parce que toutes leurs autres formes de contestation de nos sociétés ont été réprimées[9]. Au lieu de focaliser le débat sur l’aspect religieux du phénomène, il serait plus productif d’aborder son aspect politique et de faire un bilan correct de « nos » politiques coloniales et néocoloniales. Même si les chefs de Daesh n'ont rien à voir avec les dirigeants nationalistes du siècle passé, ils peuvent occuper une place laissée vide par notre silence assourdissant sur 70 ans de politique coloniale faite de guerres et de massacres. Mais pour briser ce silence, nous ne pouvons rien attendre ni des partis au pouvoir ni des partis de l’opposition, car s’en prendre au colonialisme, c’est à coup sûr perdre des voix. Et pourtant, comme le dit Jean Ziegler, il faut « choisir son camp » : celui de ceux qui, malgré la répression et les massacres ont continué à résister, et si, chez nous, ils ont toujours été une très petite minorité, ce sont pourtant les Henri Alleg, les membres du Réseau Janson, les porteurs de valise anonymes qui peuvent encore nous faire aimer la France.
Henri Alleg, auteur de "La question", qui dénonçait l'usage de la torture en Algérie





[1] http://chaoscontrole.canalblog.com/archives/2013/04/23/26991804.html 
[2] Francis Azalier, Colonialisme et impérialisme : « l’exception française » ou « le mythe humaniste », in Une mauvaise décolonisation, La France : de l’Empire aux émeutes des quartiers populaires, Le temps des cerises, Pantin, 2007, p36-37
[3] Mohammed Harbi, Faces cachées de la seconde guerre mondiale La guerre d’Algérie a commencé à Sétif. Le Monde diplomatique, mai 2005, page 21 ; http://www.monde-diplomatique.fr/2005/05/HARBI/12191
[5] Mathieu Rigouste, L’ennemi intérieur, de la guerre coloniale au contrôle sécuritaire, https://conflits.revues.org/3128 
[6] Jean Ziegler, Retournez les fusils, Choisir son camp, Éditions du Seuil, Paris, 2014, pp 199-200
[7] Idem, p 198
[9] Voir mon précédent article : 25 ans après la révolte des jeunes à Forest : Première, deuxième, troisième génération, toujours la répression… http://nadinerosarosso.blogspot.be/2016/05/25-ans-apres-la-revolte-des-jeunes.html

El mito de una Europa en paz desde 1945: el ejemplo francés

Al día siguiente de los atentados del 13 de noviembre en Paris, frente al Congreso, François Hollande afirmó con un tono grave que « Francia está en guerra ». La misma frase la repite sin cesar sistemáticamente después de un atentado. Después de los eventos de Nice, añadió que « la guerra está fuera y dentro de Francia ». La tierra sagrada de los derechos humanos, de la paz y de las Luces amaneció en un estado de sitio, una guerra emprendida cobardemente por la barbarie y el oscurantismo.
 
Esta es la versión de la historia que nosotros deberíamos aceptar y asumir, nosotros, pobladores de una Europa civilizada que alcanzamos vivir en paz desde ya hace setenta años.

En realidad, nunca acabamos con la guerra. Y lo que pasó con Francia es un ejemplo claro de este estado permanente de guerra. Es importante recordar algunos hechos históricos.

Un periodo de guerras continúas.
Cuando la segunda guerra mundial apenas se acabó, el gobierno provisorio francés, proveniente de las fuerzas de la resistencia, tantas veces presentado como un ejemplo por la izquierda actual, envía al Vietnam (en esa época parte de la Indochina) un cuerpo militar expedicionario para tratar de acabar con la guerra de independencia. Bajo la presidencia de Léon Blum, modelo político de la izquierda contemporánea, esta intervención se transforma en una verdadera guerra. Francia envía más o menos medio millón de soldados para salvaguardar su territorio colonial; 43,5 % de los soldados de este ejército provienen de las otras colonias francesas (Magreb y África central). Francia será derrotada en la batalla de Dien Bien Phu, en mayo 1954.

Durante este mismo período, en 1947, Francia organiza una masacre en Madagascar contra la rebelión de los malgaches; resultaron unos 11.000 muertos, según las versiones oficiales francesas y 100.000 muertos según los resistentes malgaches. En esta guerra, una vez más, las tropas de represión francesas eran constituidas en su mayoría por soldados provenientes de las colonias africanas y maghrebinas.

Esas sangrientas guerras no impidieron la participación de Francia, en el mismo periodo, en la guerra de Corea, desde el 25 de junio 1950 al 27 de julio 1953. Una coalición de 17 estados (entre ellos Bélgica y Gran Bretaña), liderados por los Estados Unidos. Esta guerra fue bajo la bandera de la ONU, con el objetivo, al igual que en Indochina, de oponerse a las luchas de liberación dirigidas por las fuerzas comunistas. Estas dos guerras provocaron más de dos millones de muertos. Esa guerra olvidada de Corea fue una guerra de destrucción masiva. En términos actuales se hablaría de genocidio. La capital Pyongyang fue totalmente arrasada: « Al principio del ataque, el 14 y 15 de diciembre, la aviación norteamericana arrojo unas 700 bombas de 500 libras cada una.  Los aviones de combate Mustang arrojaron napalm y 175 bombas  de explosión retardada que hicieron de la capital vietnamita un infierno. Cuando la gente intentaba rescatar los cuerpos de los muertos de los incendios provocados por el napalm, las bombas de explosión retardada explotaban. Al inicio del mes de enero, el general Ridgway ordenó de nuevo un ataque contra la capital Pyongyang « buscando destruir la ciudad por el fuego con bombas incendiarias » (objetivo cumplido en dos etapas, los 3 y 5 de enero de 1951) » (1).

La guerra del Vietnam, tanto como la guerra de Corea llevaron al desmantelamiento de los dos países. El Vietnam obtendrá su reunificación al acabar otra nueva guerra de independencia, esa vez contra los Estados Unidos, en 1975. Corea todavía no está reunificada y el territorio del sur sigue ocupado por los Estados Unidos. Así se presenta el ejemplo de paz aprovechado por las naciones autoproclamadas civilizadas desde el fin de la segunda guerra mundial. Esas guerras fueron rápidamente olvidadas por la población europea, pero no por las populaciones victimas de estas guerras.

Y no sólo los pueblos asiáticos fueron implicados en estas guerras. La victoria de los vietnamitas en 1954 contra la metrópolis francesa dio aliento a otros movimientos de lucha de liberación en varias partes de África.

En vez de aprovechar de la experiencia de su humillante derrota en Vietnam, Francia siguió con su espíritu colonialista: « Entre 1960 y 1998, hubieron 60 intervenciones militares francesas en el Sur del Sahara africano, 23 de esas acciones fueron emprendidas para « mantener el orden » ayudando así a los regímenes aliados de Francia y 14 otras para derrocar gobiernos que no se sometían a los dictados de los dirigentes franceses». (2).

 La guerra más conocida, tratando de Francia, es, por supuesto, la guerra de Algeria. Sólo quiero insistir sobre algunos aspectos. Primero sobre la posición del Partido Comunista Francés, frente a los nacionalistas argelinos después de la liberación. Este partido, al término de la segunda guerra mundial, tenía la aureola y reconocimiento por su resistencia ejemplar durante la ocupación nazi. El 8 de mayo 1945, una marcha nacionalista en Sétif fue reprimida sangrientamente y la revuelta que siguió a este hecho, será también liquidada con una violencia increíble. En ese caso también varían las cifras entre un millón y 80.000 víctimas según el punto de vista del historiador. 

 Como lo explica Mohammed Harbi, « en Francia, las fuerzas políticas provenientes de la Resistencia se dejan manejar por el partido colonialista. « Les he otorgado de vivir en paz para los diez años que vienen; si Francia no hace nada, todo volverá a la situación anterior pero peor todavía y será probablemente sin remedio », alertó el general Duval, maestro de obra de la represión. El Partido Comunista Francés (PCF)  que describió a los líderes nacionalistas como  « provocadores pagados por el hitlerianismo » y que reclamó que esos “dirigentes sean pasados por las armas » (fusilados)- será, a pesar de su cambio de opinión enseguida y su combate para la amnistía, visto como un partidario de la colonización. » (3)

El enemigo interior.

Otro aspecto que quiero subrayar es la creación del « enemigo interior » en la política y la ideología francesa, esta surgió durante la guerra de Algeria. « El 17 de octubre 1961, Paris fue el escenario de una de los más grandes masacres de civiles de la historia contemporánea de Europa occidental. Este día, decenas de miles de argelinos marchan pacíficamente contra el toque de queda y la represión que se aplicaba contra ellos a partir del 5 de octubre. Esta disposición era impuesta por el prefecto de policía de la Seine, Maurice Papón. La reacción de la policía fue brutal y sanguinaria. Decenas de argelinos, quizás entre 150 y 200, fueron ejecutados por la policía. Algunos cuerpos fueron encontrados en el rio la Seine. Durante varias décadas, el recuerdo de este episodio importante de la guerra de Argelia será silenciado » (4).

Según Mathieu Rigouste (5), el concepto de enemigo interior data de esta época y está relacionado con la presencia de una emigración importante causada por la colonización : la historia del control de la migración en el pensamiento militar francés, anota, permite analizar, estudiando la reconstrucción de un enemigo interior socio-étnico, la regeneración y después la generalización en el tiempo y espacio, de una tecnología concebida para efectuar un control excepcional de poblaciones inferiorizadas ».

 En reacción al atentado de Nice (Francia) de julio 2016, Georges Fenech, el presidente de la comisión de investigación parlamentaria a propósito de los atentados de 2015 ha propuesto la creación de un « Guantánamo a la francesa ». Propone reunir todos los djiadistas de regreso de Siria en el centro penitenciario de la Isla de Ré. Ese concepto, que provoca mucha polémica, tiene sus raíces en la guerra de Argelia durante la cual el gobierno francés desarrolló unos « campos de reunificación » destinados a recluir los resistentes del FNL et así impedirles cualquier tipo de apoyo de parte de la población argelina. Bastaría con la introducción oficial de la tortura en Francia y así volveríamos a lo sucedido anteriormente. Por otra parte, este debate delirante ya ocurre en el seno del Frente Nacional: reintroducción de la tortura o, por ejemplo, pena de muerte para Salam Abdeslam, es permitido imaginar cualquier locura.

 Asesinatos políticos a gran escala.

La historia pacífica de Francia no se limite a las guerras: la patria autoproclamada de los derechos humanos también desarrolló una fuerte tradición de asesinatos políticos exterminado a los dirigentes nacionalistas de África y del Magreb. En el libro “Retornen los fusiles” (Retournez les fusils), Jean Ziegler dedica un capítulo a las campañas de asesinatos políticos organizados por los servicios secretos europeos y analiza el caso del Camerún: « Todos los dirigentes nacionalistas sin excepción fueron asesinados uno después de otro: Ruben UmNyobe, en 1955, y enseguida sus sucesores Isaac Nyobe Pandjok, David Mitton, Tankeu Noé » (6).  El asesinato del joven médico Félix-Roland Mounié, dirigente de la Unión de las Poblaciones del Camerún (UPC) que fue invitado por un « periodista » francés a un almuerzo. Félix-Roland Mounié  murió en Ginebra envenenado la noche siguiente. Este “periodista” era, en realidad, el coronel William Betchel, oficial francés del SDECE (servicio de documentación exterior y de inteligencia) y nunca será condenado por este crimen. Y muchos otros casos así… 
 
Está de moda ahora en Occidente la denuncia de la corrupción (evidente) de muchos jefes de los Estados africanos, pero sería mejor acordarse de que nuestros gobiernos y sus sicarios asesinaron casi todos los dirigentes nacionalistas íntegros que querían devolver la independencia, la dignidad y la justicia, a los países africanos. Siendo belga, no puedo olvidar de recordar a Patrice Lumumba, héroe africano ferozmente asesinado por el comandante belga Weber, el 17 de enero de 1961, y cuyo cuerpo fue disuelto en ácidos. Actualmente sus hijos luchan, y hasta el momento sin ningún resultado, para que los culpables y el Estado belga, sean condenados. Como lo recuerda Jean Ziegler: « Esa criminalidad de estado fue implacable: era imperativo acabar con los auténticos líderes nacionalistas para instalar en el poder a las élites autóctonas, adiestradas, influenciadas y controladas por el colonizador » (7). Matar a Lumuba para instalar al títere Mubutu, por ejemplo.

 Guerras, torturas, asesinatos políticos, esos son los verdaderos rostros de esta Francia que se presenta como portadora de las luces cuando actúa para defender su imperio colonial y los intereses de sus multinacionales, Elf, Total, Areva, Bolloré, Eramet, Technip, Bouygues, Orange, Geocoton, Rougier, etc. (8). Y no se trata de una historia del pasado, más bien de la vida cotidiana actual de millones de africanos.

 Lo que sí, es nuevo hoy día, es que la guerra, o al menos una mínima parte de esa guerra, llegó hasta nosotros, en el suelo francés o en el suelo belga. Víctimas civiles inocentes que mueren, y con ello se hunden familias enteras en el horror. ¿Por qué serramos los ojos frente a tantas víctimas inocentes en el tercer mundo?  Estas víctimas son causadas por nuestras guerras coloniales. ¿Por qué seguimos apoyando a estos gobiernos y sus partidos políticos que perpetúan esa misma política?

Si el discurso de los reclutadores del djihad atrae a tantos jóvenes, es porque la mayoría de las veces usa una retórica anti imperialista y porque cualquier otra forma de protesta en contra de nuestras sociedades de su parte ha sido reprimida (9). En vez de concentrar todo el debate sobre el aspecto religioso del fenómeno, sería más productivo analizar el aspecto político y hacer un balance correcto a propósito de nuestras políticas coloniales impregnadas de masacres y de guerras. Si los jefes de DAESCH nada tienen que ver con los dirigentes nacionalistas del siglo pasado, ellos ocupan una lugar preferencial en el vacío dejado por nuestro silencio cómplice de 70 años de política colonial caracterizada por guerras y masacres.

Pero, si queremos quebrar ese silencio, no hay que esperar nada de parte de los partidos en el poder ni de los partidos en la oposición porque, para ellos, poner en duda el colonialismo sólo les haría perder votos electorales. Sin embargo, como lo dice Jean Ziegler, hay que « elegir su campo» : la de quienes, a pesar de la represión y los masacres siguen resistiendo, y si, aquí, fueron muy pocos, existen entre otros, por ejemplo, los Henri Alleg, los miembros de la Red Janson, los cargadores de maletas anónimas, que pueden todavía hacernos querer a Francia. (Henri Alleg, autor de La question (la tortura en Argelia), libro denunciando el uso de la tortura en Argelia.

 Notas:

[1] http://chaoscontrole.canalblog.com/archives/2013/04/23/26991804.html

[2] Francis Azalier, Colonialisme et impérialisme : « l’exception française » ou « le mythe humaniste », in Une mauvaise décolonisation, La France : de l’Empire aux émeutes des quartiers populaires, Le temps des cerises, Pantin, 2007, p36-37

[3] Mohammed Harbi, Faces cachées de la seconde guerre mondiale La guerre d’Algérie a commencé à Sétif. Le Monde diplomatique, mai 2005, page 21 ; http://www.monde-diplomatique.fr/2005/05/HARBI/12191

[4] http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/10/17/17-octobre-1961-ce-massacre-a-ete-occulte-de-la-memoire-collective_1586418_3224.html

[5] Mathieu Rigouste, L’ennemi intérieur, de la guerre coloniale au contrôle sécuritaire, https://conflits.revues.org/3128

[6] Jean Ziegler, Retournez les fusils, Choisir son camp, Éditions du Seuil, Paris, 2014, pp 199-200

[7] Idem, p 198

[8] http://www.afrique-demain.org/economie-140-place-des-entreprises-francaises-en-afrique-subsaharienne

[9] Voir mon précédent article : 25 ans après la révolte des jeunes à Forest : Première, deuxième, troisième génération, toujours la répression… http://nadinerosarosso.blogspot.be/2016/05/25-ans-apres-la-revolte-des-jeunes.html