jeudi 22 septembre 2016

Nadia Geerts crache dans la main tendue des féministes musulmanes, voilées ou non voilées

Nadia Geerts se laisse aller suite à la publication dans  La Libre d’un texte intitulé « Voilées et féministes », dans lequel des féministes musulmanes voilées et non voilées appellent, selon Nadia Geerts elle-même, à « se rencontrer pour que nous fassions enfin société ensemble ».
Dans le climat de tension extrême que nous connaissons actuellement, nous pourrions raisonnablement nous attendre à ce que les féministes, ne seraient-ce qu’elles, fassent un effort pour entendre les appels à la rencontre et plus si affinités.
Mais derechef Nadia Geerts décline la proposition au nom de sa définition du féminisme : « Nous sommes dans un pays libre. Mais alors, nos chemins se séparent ici. Votre féminisme n’est pas et ne sera jamais le mien ».
Quelle est donc cette fameuse définition du féminisme qui le rend incompatible avec la fréquentation de féministes musulmanes ?
Pour Nadia Geerts, « pas question de lui interdire de conduire un dix-huit tonnes, de jouer au football, de devenir policière, mécanicienne auto ou tout autre métier qu’il lui plaira de faire ». Personnellement, cette définition du féminisme en matière professionnelle me semble assez limitée, vu que l’inverse n’est même pas mentionné (par exemple, voir plus d’hommes épouser des carrières traditionnellement réservées aux femmes, comme puériculteurs, hommes de ménage, monsieur pipi, pour n’en citer que quelques-unes). Mais soit. Il conviendrait alors au moins de démontrer que le port du voile rend ces professions inaccessibles aux femmes voilées. Comme une image peut avoir plus de poids qu’un long discours, j’ai créé ce petit montage-photos.

Nadia Geerts ne prend pas la peine de faire la démonstration et elle a bien raison car il est impossible de démontrer que port du voile et accès à des occupations traditionnellement masculines sont incompatibles. La première femme de ce montage « s’appelle Alima Ndiaye, une femme née le 14 septembre 1972 à Pikine. Elle exerce le dur métier de mécanicienne depuis 2003, un métier « viril », dévolu pendant longtemps aux hommes. Aujourd’hui, elle est la présidente des mécaniciens et mécaniciennes du Sénégal. Alima n’est pas la première femme, dans sa famille, à exercer ce métier. Sa tante était mécanicienne d’avion et son père mécanicien automobile ». Elle s’adresse régulièrement à la communauté musulmane de son pays pour les encourager à faire réviser leur automobile afin de limiter les accidents de la route[1]. Elle a été mise à l’honneur dans son pays lors de la journée internationale de la femme le 8 mars.
La dernière femme du montage est pakistanaise. « C'est la nécessité qui a poussé Shamim Akhter, une mère divorcée de 53 ans, à devenir la première conductrice de « truck », ces poids-lourds brinquebalants ornés d'exubérants motifs qui font partie du folklore pakistanais. Abandonnée par son mari après la naissance de cinq enfants, Shamim Akhter s'est échinée à faire vivre sa famille de petits boulots pendant des années, avant de conduire des camions et d'entrer ainsi dans l'histoire. Elle travaille depuis, de nuit comme de jour, avec des collègues masculins pour transporter des briques dans la capitale Islamabad »[2]. C’est le très conservateur « Figaro » qui a choisi d’en parler.
Pour ce qui est des footballeuses (mais on pourrait parler des rugbywomen, des boxeuses ou de bien d’autres sportives), la Fédération internationale de football (FIFA) a annoncé le 3 mars 2014 l'autorisation du port du voile ou du turban. Il faut croire que tellement de femmes portant le voile pratiquent le football qu’il devenait totalement impossible de nier le phénomène.
Quant aux femmes policières britanniques, il faut ne jamais avoir mis un pied à Londres pour ne pas savoir que plein de policières y portent le foulard en uniforme. J’ai moi-même été contrôlée au sortir de la Grande-Bretagne par une policière en foulard, qui m’a traitée de façon totalement égale par rapport à mon amie Farida, portant le foulard, qui m’accompagnait. Je ne peux pas en dire autant du digne représentant de la France républicaine qui, au passage de la frontière française avant de reprendre l’Eurostar, n’a pas contrôlé mon identité sur l’ordinateur, alors qu’il l’a longuement fait pour Farida et son fils. Comme quoi on peut porter le foulard comme policière et respecter l’égalité et la déontologie professionnelle et représenter le drapeau français et pratiquer la discrimination. Mais je m’éloigne… ou si peu.
Nadia Geerts, après avoir rappelé « sa » définition du féminisme sans apporter aucune preuve de son incompatibilité avec le port du voile, après avoir répété ses arguments habituels contre celui-ci, s’en prend alors violemment à ces femmes signataires (dont, rappelons-le, certaines portent le voile, d’autres pas) en déclarant ceci : « Je ne vous mets pas dans le même sac que des assassins, contrairement à ce que vous prétendez que « nous » pensons. En revanche, je pense que vous pratiquez un fascinant aveuglement volontaire sur ce qu’est le voile islamique aujourd’hui. Je ne mets nullement en doute le fait que celles d’entre vous qui en sont venues à porter le voile y sont arrivées par des chemins variés. Mais je pense que vous contribuez, par votre positionnement en tant que « voilées et féministes » à servir un projet politique qui, très certainement, vous dépasse ».
Si on comprend bien ce que dit Nadia Geerts, ces femmes ne sont pas des assassins (merci à elle !) mais elles contribuent, par la simple défense du droit de porter le voile, au projet politique de ceux-ci. Et qui plus est, ces femmes sont totalement incapables d’analyser un projet politique. Je ne vois pas d’autres façons de comprendre son message et il est scandaleux. C’est ce que Raphaël Liogier appelle l’interprétation délirante des apparences[3].
Les signataires du texte de la Libre tendaient la main pour une rencontre et une discussion, précisément, des projets politiques : « Ne nous contraignez pas au repli communautaire, devenons des alliés (…) Nous voulons vraiment faire société ensemble, avec nos ressemblances et nos différences. Chiche ? »[4]. C’est au nom d’un féminisme très limité que Nadia Geerts leur répond : pari perdu !
Pour ma part, je relève le « Chiche ? ». Et je suis convaincue qu’il est parfaitement possible de débattre, toutes ensemble, du droit des femmes à ne pas porter le foulard, de la nécessité de soutenir celles qui mènent ce combat dans les sociétés qui les y contraignent, de la meilleure façon de faire échec aux intégrismes de toutes sortes, y compris celui de la finance, du néo-libéralisme et de la volonté coloniale d’imposer « notre » civilisation à la totalité de la planète.
 




[1] http://www.sen24heures.com/?Special-8-mars-Elle-c-est-la
[2] http://madame.lefigaro.fr/societe/pakistan-nouvelle-generation-de-conductrices-camion-110116-111670
[3] Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation, Essai sur une obsession collective, Éditions du Seuil, Paris, 2016 page 113
[4] http://www.lalibre.be/debats/opinions/citoyennes-feministes-et-musulmanes-57dabba635704b54e6c338cc

Interview dans le journal portugais Diario de Noticias (quotidien portugais)

Source  "Ao olhar para os militares nas ruas as pessoas apenas sentem que estão em guerra"

Nadine Rosa-Rosso é professora em Molenbeek e trabalha com mães de jovens que foram para a Síria Seis meses após os atentados de Bruxelas, a presença de soldados nas ruas da capital belga ainda é forte. Os olhares tornam a virar-se para Molenbeek, onde se escondia Salah Abdeslam, mas Nadine Rosa-Rosso, professora no bairro, diz ser preciso ampliar o ângulo para ver o que realmente se passa.
Trabalha com famílias de jovens que foram para a Síria. Como tudo começou?
Em abril de 2013, através de uma professora, tive contacto com duas mães de dois rapazes menores que tinham desaparecido de casa para irem para a Síria. Um com 15 anos e outro com 16. Este último foi juntar-se a um irmão que já tinha ido antes e na altura tinha 20 anos. As mães estavam em pânico. Eram jovens sem problemas familiares ou escolares. Então comecei a ajudá--las. Elas foram à polícia e lá disseram que não podiam ajudá-las porque eles já estariam na Síria. Depois elas souberam que eles ainda estavam na Turquia e pediram ajuda para os trazer de volta. Mas não obtiveram grande apoio. Uma delas foi procurar o filho na Turquia e ele voltou. O outro não quis regressar e continua lá com o irmão na Síria. O grupo de mães foi crescendo depois. E eu como ensino francês propus criar um ateliê de escrita.
É professora em Molenbeek. Essas pessoas são todas de Molenbeek?
Não. Há muitas, por exemplo, de Schaerbeek. Molenbeek foi posto em evidência por causa dos atentados de Paris. Mas a célula terrorista surgiu em Antuérpia, passou por Vilvorde, Schaerbeek, etc. Há jovens de várias comunas. Em Bruxelas há 19 comunas. Fala-se de Molenbeek porque os atentados de Paris foram cometidos por uma pessoa que vivia em Molenbeek. O que constatei ao trabalhar com mães, algumas também de Antuérpia, é que não há um perfil-tipo de família. Há famílias ricas, menos ricas, famílias de casais unidos, famílias monoparentais.
Todos os jovens em questão são nascidos na Bélgica?
Sim. Todos. Mas não é possível estabelecer um perfil-tipo destes jovens que vão para a Síria. Este livro que coordenei, Le Bonheur Est Parti avec Toi, é escrito por Samira Laakel, a mãe de uma rapariga de 18 anos, Nora, que foi para a Síria em maio de 2013. A filha era uma rapariga aparentemente normal e sem quaisquer problemas.
Que relação tem com Molenbeek?
Eu vivi 15 anos em Molenbeek até 2001. E trabalho lá há outros 15 anos também. Os meus filhos estudaram em Molenbeek.
Como evoluiu esta comuna ao longo dos tempos?
Em Bruxelas há aquilo a que chamo o crescente da pobreza, que é formado por comunas que vão desde a Gare du Midi à Gare du Nord. Molenbeek é uma delas. São zonas onde os imigrantes se concentraram. Na Gare du Nord mais os turcos. Na Gare du Midi mais os italianos, os espanhóis, os portugueses, os gregos e depois, numa segunda vaga, também marroquinos. Sempre foram bairros pobres e operários. Em Bruxelas, ao contrário de cidades como Paris ou Londres, os subúrbios são ricos e o centro é que é pobre. É um modelo diferente.
Quais os principais problemas hoje em dia?
A pobreza cresceu e a revolta dos jovens contra o controlo da polícia. Estas comunas são encaradas como fontes de insegurança. Todas as políticas destinadas aos jovens são no fundo políticas de segurança que visam controlá-los. Isso cria desconfiança nos jovens em relação a tudo. Muitos polícias são de fora de Bruxelas, falam flamengo com os jovens, que não os entendem.
O facto, porém, é que depois dos atentados, toda a gente olha para Molenbeek como um ninho de jihadistas...
Sim. Mas não corresponde à verdade. Não há mais jovens de Molenbeek a terem ido para a Síria do que de outras partes da Bélgica. Vilvorde é uma zona flamenga e que também é belga. É preciso ter em conta que o ministro do Interior é do partido nacionalista flamengo NV/A e que há uma tentativa de desacreditar Bruxelas e desviar as atenções da Flandres. É verdade que em Molenbeek há uma grande concentração de pessoas de origem marroquina e que os recrutadores andaram lá.
 

vendredi 2 septembre 2016

Burkini et Caterpillar

Alors que nous préparions notre action contre l’interdiction du burkini, nous avons appris la fermeture de l’usine Caterpillar. 2200 ouvriers et employés vont perdre leur emploi, plus de 5000 familles seront directement frappées dans la région. Alors à ces militants de gauche qui nous reprochent de faire des « diversions » avec nos actions contre l’islamophobie et de ne pas nous occuper des « vraies luttes » pour l’emploi, je voudrais dire aujourd’hui : notre cœur et notre esprit sont assez grands pour nous battre à la fois avec les travailleurs de Caterpillar privés de leur droit au travail et de leur dignité et en même temps avec ces femmes musulmanes pourchassées sur les plages en France, privées de leur droit aux loisirs et de leur dignité.
À ceux qui nous reprochent de faire le jeu des terroristes, je voudrais rappeler qu’une des premières femmes tombées à Nice sous les roues du camion blanc, était une femme musulmane portant le foulard et que sa famille aujourd’hui subit la double peine du deuil et du regard suspicieux de nombreux Niçois qui voient en chaque musulman un terroriste potentiel.
C’est cette société qui licencie à tour de bras, qui discrimine, qui exclut, qui prive les jeunes d’avenir et de perspectives, qui organise les guerres et vend à Israël des bulldozers Caterpillar pour terroriser le peuple palestinien, c’est cette société dite démocratique et civilisée qui est la véritable fabrique de terreur.
Nous sommes ici parce que nous avons été révoltés par les images de cette femme se reposant sur la plage, brusquement entourée de policiers en arme lui ordonnant de se dévêtir.  Par la passivité des spectateurs, plus  préoccupés de faire bronzer toutes les parties de leur corps que de défendre le droit d’une femme à n’en exhiber qu’une partie.
Rappelons qu’un journaliste du temps d’Hitler avait écrit que les Juifs devraient être plus discrets. Et on ne peut pas reprocher aux Juifs de ne pas l’avoir été ; ils ont accepté beaucoup jusqu’à la solution finale et ceux qui alors ont dit que la chasse aux Juifs était une diversion par rapport à la lutte contre le chômage sont en partie complice de leur extermination.
On reparle aujourd’hui en France de la peine de mort, de prisons à la Guantanamo, d’un Patriot Act à l’américaine et l’épisode burkini n’est pas une diversion mais bien une préparation systématique de la population à accepter l’inacceptable.
C’est pour cela que nous sommes ici.
Nous sommes aussi ici en tant que femmes qui nous sommes battues pour le droit de porter ou non des pantalons, de porter ou non la minijupe ou le bikini, parce que nous en avons assez qu’une société toujours aussi masculine édicte des lois, des règles morales, des règlements d’ordre intérieur pour décider quelle partie de notre corps nous les femmes sommes obligés de montrer ou de cacher. Notre pudeur nous appartient et personne n’en décidera à notre place, ni l’État, ni la police, ni les autorités administratives. Quant à nos hommes, nos maris, nos pères, nos frères, la question de savoir si nous acceptons ou non leurs ordres, leurs conseils, leurs désirs, c’est une affaire privée qui ne regarde que nous.
Femmes et hommes solidaires, nous nous battrons pour le respect et la justice, autant pour les familles de Caterpillar que pour les femmes persécutées de Nice, d’ici et d’ailleurs.


Burkini: Rassemblement contre la stigmatisation des musulmans.

mardi 2 août 2016

Le mythe de l’Europe en paix depuis 1945 : l’exemple français

Au lendemain des attentats du 13 novembre à Paris, devant le Congrès, François Hollande affirmait d’un air grave « La France est en guerre ». Il le répète inlassablement après chaque nouvel attentat ; après Nice, il précisait « à l’extérieur et à l’intérieur de la France ». La terre sacrée des droits de l’homme, de la paix et des Lumières se réveille en état de guerre, lâchement attaquée par la barbarie et l’obscurantisme.
Voilà la version de l’histoire à laquelle nous devrions tous adhérer, nous peuples de l’Europe civilisée qui avons réussi à vivre dans la paix depuis septante ans.
En réalité, nous n’avons jamais cessé d’être en guerre. Et la France est un exemple clair de ce permanent état de guerre. Un rappel historique s’impose.

Une époque de guerres ininterrompues


Le général Giap,
et Ho Chi Minh, 
La seconde guerre mondiale à peine terminée, le gouvernement provisoire français, issu des forces de la résistance, souvent pris en exemple par la gauche actuelle, envoie un corps expéditionnaire au Viet Nam (qui fait partie de l'Indochine française à l’époque), pour tenter de mater la guerre d’indépendance. Sous la présidence de Léon Blum, figure politique modèle de la gauche actuelle, l’intervention devient une véritable guerre. La France envoie près d’un demi-million de soldats pour garder sa colonie ; 43.5% de cette armée sont composés de soldats d’autres colonies françaises (Maghreb et Afrique Noire) ! La France sera défaite lors de la bataille de Dien Bien Phu en mai 1954.

Pendant la même période, en 1947, la France organise un massacre à Madagascar, contre la révolte des Malgaches ; entre 11.000 morts, selon les chiffres officiels français et 100.000 selon les résistants malgaches. Là aussi, les troupes de répression françaises sont composées en grande partie de soldats provenant des colonies africaines et maghrébines…


Ces guerres intenses n’empêchent pas la France de prendre part pendant la même époque à la guerre de Corée, du 25 juin 1950 au 27 juillet 1953. Une coalition de dix-sept états (dont la Belgique et la Grande-Bretagne), emmenés par les États-Unis, sous bannière ONU, avec pour objectif, tout comme en Indochine de s’opposer aux luttes de libération dirigées par des forces communistes. Ces deux guerres ont fait plus de deux millions de morts. La guerre oubliée de Corée fut une guerre de destruction massive (en termes d’aujourd’hui on appelle ça un génocide), la capitale Pyongyang fut entièrement rasée : « Au début de l'attaque, les 14 et 15 décembre, l'aviation américaine lâcha au-dessus de Pyongyang 700 bombes de 500 livres, du napalm déversé par des avions de combat Mustang, et 175 tonnes de bombes de démolition à retardement qui atterrirent avec un bruit sourd et explosèrent ensuite, quand les gens tentèrent de sauver les morts des brasiers allumés par le napalm. Début janvier, le général Ridgway ordonna de nouveau à l'aviation de frapper la capitale Pyongyang « dans le but de détruire la ville par le feu à l'aide de bombes incendiaires » (objectif qui fut accompli en deux temps, les 3 et 5 janvier 1951) »[1]

Tant la guerre du Vietnam que la guerre de Corée aboutirent à la partition des deux pays. Le Vietnam obtiendra sa réunification par une nouvelle longue guerre d’indépendance, contre les États-Unis cette fois, en 1975. La Corée quant à elle n’est toujours par réunifiée et toujours occupée, au Sud, par les États-Unis. Voilà le genre de paix dont ont bénéficié les nations autoproclamées civilisées dès la fin de la seconde guerre mondiale. Des guerres vite oubliées chez nous mais par par les peuples concernés.

Et les peuples concernés ne sont pas que les peuples asiatiques. La victoire des Vietnamiens de 1954 contre la métropole française a donné un élan irrésistible aux autres luttes de libération partout en Afrique.
Loin de tirer les leçons de son humiliante défaite au Vietnam, la France a poursuivi sur sa lancée coloniale : « Entre 1960 et 1998, il y a eu 60 interventions militaires françaises en Afrique subsaharienne, dont 23 pour ‘maintien de l’ordre’ au service d’un régime ami, et 14 pour changer un gouvernement disqualifié aux yeux des dirigeants français ! »[2].

La plus célèbre, en ce qui concerne la France, est naturellement la guerre d’Algérie. Je veux seulement revenir sur quelques aspects. Tout d’abord, la position du Parti Communiste Français, pourtant encore auréolé de sa résistance exemplaire à l’occupant nazi, à l’égard des manifestants nationalistes algériens dès la libération. Le 8 mai 1945, une manifestation nationaliste à Sétif est réprimée dans le sang, et la révolte qui s’ensuit sera elle aussi matée avec une violence inouïe. Ici aussi les chiffres varient d’un millier à près de 80.000 selon le point de vue de l’historien. 

Comme l’explique Mohammed Harbi, « en France, les forces politiques issues de la Résistance se laissent investir par le parti colonial. " Je vous ai donné la paix pour dix ans ; si la France ne fait rien, tout recommencera en pire et probablement de façon irrémédiable", avait averti le général Duval, maître d’œuvre de la répression. Le PCF – qui a qualifié les chefs nationalistes de « provocateurs à gages hitlériens » et demandé que « les meneurs soient passés par les armes » – sera, malgré son revirement ultérieur et sa lutte pour l’amnistie, considéré comme favorable à la colonisation. »[3]

L'ennemi intérieur

Un autre aspect que je veux souligner ici, c’est la création de « l’ennemi intérieur », dans la politique et l’idéologie française, qui a pris corps pendant la guerre d’Algérie. « Le 17 octobre 1961, Paris a été le lieu d'un des plus grands massacres de gens du peuple de l'histoire contemporaine de l'Europe occidentale. Ce jour-là, des dizaines de milliers d'Algériens manifestent pacifiquement contre le couvre-feu qui les vise depuis le 5 octobre et la répression organisée par le préfet de police de la Seine, Maurice Papon. La réponse policière sera terrible. Des dizaines d'Algériens, peut-être entre 150 et 200, sont exécutés. Certains corps sont retrouvés dans la Seine. Pendant plusieurs décennies, la mémoire de cet épisode majeur de la guerre d'Algérie sera occultée »[4].


Selon Mathieu Rigouste[5], c’est de cette époque que date le concept d’ennemi intérieur, lié à la présence d’une immigration importante issue de la colonisation : L’histoire du contrôle de l’immigration dans la pensée militaire française permet d’analyser, en observant la reconstruction d’un ennemi intérieur socio-ethnique, la régénération puis la généralisation dans le temps et dans l’espace, d’une technologie conçue pour le contrôle exceptionnel de populations infériorisées ».
En réaction à l’attentat de Nice de juillet 2016, Georges Fenech, le président de la commission d'enquête parlementaire sur les attentats de 2015 a proposé la création d'"un Guantanamo à la française". Il propose de regrouper tous les djihadistes de retour de Syrie dans le centre pénitentiaire de l’île de Ré. Cette idée, qui suscite la polémique, plonge ses racines dans la guerre d’Algérie au cours de laquelle le gouvernement français créa des « camps de regroupement » destinés à placer les résistants du FNL et à les couper ainsi de tout appui dans la population algérienne. Il ne reste plus qu’à introduire officiellement la pratique de la torture en France et la boucle sera bouclée.C’est d’ailleurs un débat délirant au sein du Front National : réintroduction de la torture ou de la peine de mort pour Salah Abdelslam, tout peut être envisagé.

Assassinats politiques à grande échelle


L’histoire pacifique de la France ne se limite pas aux guerres ; la patrie autoproclamée des droits de l’homme a aussi développé une longue tradition d’assassinats politiques qui a exterminé les dirigeants nationalistes de l’Afrique et du Maghreb. Dans « Retournez les fusils », Jean Ziegler consacre un chapitre aux campagnes d’assassinats politiques organisées par les services secrets européens et développe le cas du Cameroun : « Tous les dirigeants nationalistes sans exception ont été assassinés l’un après l’autre : Ruben UmNyobe, en 1955 déjà, puis ses successeurs Isaac Nyobe Pandjok, David Mitton, Tankeu Noé »[6]. Il raconte le meurtre du jeune médecin Félix-Roland Moumié, chef de l’Union des Populations Camerounaises (UPC) invité à déjeuner à Genève par un « journaliste » français, qui mourut empoisonné la nuit suivante. Le journaliste était en réalité le colonel William Betchel, officier français du SDECE (service de documentation extérieure et de contre-espionnage) qui ne sera jamais condamné pour ce meurtre. Et tant d’autres cas encore…
Il est de bon ton aujourd’hui en Occident de dénoncer la corruption (réelle) de nombre de chefs d’État africains, mais il vaudrait mieux rappeler que nos gouvernements et leurs hommes de main ont assassiné pratiquement tout ce qu’il y avait de dirigeants nationalistes intègres qui voulaient rendre à l’Afrique son indépendance dans la dignité et la justice. En tant que Belge, je ne peux pas ne pas évoquer Patrice Lumumba, sauvagement assassiné par le commandant belge Weber, le 17 janvier 1961, et donc le corps fut ensuite dissous dans l’acide. Ses fils se battent toujours en vain aujourd’hui pour la condamnation des coupables et de l’État belge. Comme le rappelle Jean Ziegler : « Cette criminalité d’État fut implacable : il fallait, à tout prix, éliminer les leaders nationalistes authentiques afin de remettre le « pouvoir » à des « élites » autochtones préparées, suscitées et contrôlées par le colonisateur »[7]. Tuer Lumumba pour installer la marionnette Mobutu.

Guerres, torture, assassinats politiques, voilà les vrais visages de cette France porteuse des Lumières quand elle agit pour défendre son empire colonial et les intérêts de « ses » multinationales, Elf, Total, Areva, Bolloré, Eramet, Technip, Bouygues, Orange, Geocoton, Rougier, etc[8]. Et il ne s'agit pas d'une histoire ancienne mais de la vie quotidienne pour des millions d'Africains.

Ce qu’il y a de nouveau aujourd’hui, c’est que la guerre, ou du moins une infime fraction, a ses retombées chez nous, sur le sol français ou le sol belge. Des victimes civiles tombent, totalement innocentes, et plongent des familles dans l’horreur. Pourquoi avons-nous fermé les yeux sur tant de victimes innocentes dans le tiers monde, victimes de nos guerres coloniales ? Pourquoi continuons-nous à soutenir des gouvernements, des partis politiques qui perpétuent cette politique ? Si le discours des recruteurs du djihad touchent autant de jeunes, c’est parce qu’il est en grande partie imprégnée d’une rhétorique anti-impérialiste et parce que toutes leurs autres formes de contestation de nos sociétés ont été réprimées[9]. Au lieu de focaliser le débat sur l’aspect religieux du phénomène, il serait plus productif d’aborder son aspect politique et de faire un bilan correct de « nos » politiques coloniales et néocoloniales. Même si les chefs de Daesh n'ont rien à voir avec les dirigeants nationalistes du siècle passé, ils peuvent occuper une place laissée vide par notre silence assourdissant sur 70 ans de politique coloniale faite de guerres et de massacres. Mais pour briser ce silence, nous ne pouvons rien attendre ni des partis au pouvoir ni des partis de l’opposition, car s’en prendre au colonialisme, c’est à coup sûr perdre des voix. Et pourtant, comme le dit Jean Ziegler, il faut « choisir son camp » : celui de ceux qui, malgré la répression et les massacres ont continué à résister, et si, chez nous, ils ont toujours été une très petite minorité, ce sont pourtant les Henri Alleg, les membres du Réseau Janson, les porteurs de valise anonymes qui peuvent encore nous faire aimer la France.
Henri Alleg, auteur de "La question", qui dénonçait l'usage de la torture en Algérie





[1] http://chaoscontrole.canalblog.com/archives/2013/04/23/26991804.html 
[2] Francis Azalier, Colonialisme et impérialisme : « l’exception française » ou « le mythe humaniste », in Une mauvaise décolonisation, La France : de l’Empire aux émeutes des quartiers populaires, Le temps des cerises, Pantin, 2007, p36-37
[3] Mohammed Harbi, Faces cachées de la seconde guerre mondiale La guerre d’Algérie a commencé à Sétif. Le Monde diplomatique, mai 2005, page 21 ; http://www.monde-diplomatique.fr/2005/05/HARBI/12191
[5] Mathieu Rigouste, L’ennemi intérieur, de la guerre coloniale au contrôle sécuritaire, https://conflits.revues.org/3128 
[6] Jean Ziegler, Retournez les fusils, Choisir son camp, Éditions du Seuil, Paris, 2014, pp 199-200
[7] Idem, p 198
[9] Voir mon précédent article : 25 ans après la révolte des jeunes à Forest : Première, deuxième, troisième génération, toujours la répression… http://nadinerosarosso.blogspot.be/2016/05/25-ans-apres-la-revolte-des-jeunes.html

El mito de una Europa en paz desde 1945: el ejemplo francés

Al día siguiente de los atentados del 13 de noviembre en Paris, frente al Congreso, François Hollande afirmó con un tono grave que « Francia está en guerra ». La misma frase la repite sin cesar sistemáticamente después de un atentado. Después de los eventos de Nice, añadió que « la guerra está fuera y dentro de Francia ». La tierra sagrada de los derechos humanos, de la paz y de las Luces amaneció en un estado de sitio, una guerra emprendida cobardemente por la barbarie y el oscurantismo.
 
Esta es la versión de la historia que nosotros deberíamos aceptar y asumir, nosotros, pobladores de una Europa civilizada que alcanzamos vivir en paz desde ya hace setenta años.

En realidad, nunca acabamos con la guerra. Y lo que pasó con Francia es un ejemplo claro de este estado permanente de guerra. Es importante recordar algunos hechos históricos.

Un periodo de guerras continúas.
Cuando la segunda guerra mundial apenas se acabó, el gobierno provisorio francés, proveniente de las fuerzas de la resistencia, tantas veces presentado como un ejemplo por la izquierda actual, envía al Vietnam (en esa época parte de la Indochina) un cuerpo militar expedicionario para tratar de acabar con la guerra de independencia. Bajo la presidencia de Léon Blum, modelo político de la izquierda contemporánea, esta intervención se transforma en una verdadera guerra. Francia envía más o menos medio millón de soldados para salvaguardar su territorio colonial; 43,5 % de los soldados de este ejército provienen de las otras colonias francesas (Magreb y África central). Francia será derrotada en la batalla de Dien Bien Phu, en mayo 1954.

Durante este mismo período, en 1947, Francia organiza una masacre en Madagascar contra la rebelión de los malgaches; resultaron unos 11.000 muertos, según las versiones oficiales francesas y 100.000 muertos según los resistentes malgaches. En esta guerra, una vez más, las tropas de represión francesas eran constituidas en su mayoría por soldados provenientes de las colonias africanas y maghrebinas.

Esas sangrientas guerras no impidieron la participación de Francia, en el mismo periodo, en la guerra de Corea, desde el 25 de junio 1950 al 27 de julio 1953. Una coalición de 17 estados (entre ellos Bélgica y Gran Bretaña), liderados por los Estados Unidos. Esta guerra fue bajo la bandera de la ONU, con el objetivo, al igual que en Indochina, de oponerse a las luchas de liberación dirigidas por las fuerzas comunistas. Estas dos guerras provocaron más de dos millones de muertos. Esa guerra olvidada de Corea fue una guerra de destrucción masiva. En términos actuales se hablaría de genocidio. La capital Pyongyang fue totalmente arrasada: « Al principio del ataque, el 14 y 15 de diciembre, la aviación norteamericana arrojo unas 700 bombas de 500 libras cada una.  Los aviones de combate Mustang arrojaron napalm y 175 bombas  de explosión retardada que hicieron de la capital vietnamita un infierno. Cuando la gente intentaba rescatar los cuerpos de los muertos de los incendios provocados por el napalm, las bombas de explosión retardada explotaban. Al inicio del mes de enero, el general Ridgway ordenó de nuevo un ataque contra la capital Pyongyang « buscando destruir la ciudad por el fuego con bombas incendiarias » (objetivo cumplido en dos etapas, los 3 y 5 de enero de 1951) » (1).

La guerra del Vietnam, tanto como la guerra de Corea llevaron al desmantelamiento de los dos países. El Vietnam obtendrá su reunificación al acabar otra nueva guerra de independencia, esa vez contra los Estados Unidos, en 1975. Corea todavía no está reunificada y el territorio del sur sigue ocupado por los Estados Unidos. Así se presenta el ejemplo de paz aprovechado por las naciones autoproclamadas civilizadas desde el fin de la segunda guerra mundial. Esas guerras fueron rápidamente olvidadas por la población europea, pero no por las populaciones victimas de estas guerras.

Y no sólo los pueblos asiáticos fueron implicados en estas guerras. La victoria de los vietnamitas en 1954 contra la metrópolis francesa dio aliento a otros movimientos de lucha de liberación en varias partes de África.

En vez de aprovechar de la experiencia de su humillante derrota en Vietnam, Francia siguió con su espíritu colonialista: « Entre 1960 y 1998, hubieron 60 intervenciones militares francesas en el Sur del Sahara africano, 23 de esas acciones fueron emprendidas para « mantener el orden » ayudando así a los regímenes aliados de Francia y 14 otras para derrocar gobiernos que no se sometían a los dictados de los dirigentes franceses». (2).

 La guerra más conocida, tratando de Francia, es, por supuesto, la guerra de Algeria. Sólo quiero insistir sobre algunos aspectos. Primero sobre la posición del Partido Comunista Francés, frente a los nacionalistas argelinos después de la liberación. Este partido, al término de la segunda guerra mundial, tenía la aureola y reconocimiento por su resistencia ejemplar durante la ocupación nazi. El 8 de mayo 1945, una marcha nacionalista en Sétif fue reprimida sangrientamente y la revuelta que siguió a este hecho, será también liquidada con una violencia increíble. En ese caso también varían las cifras entre un millón y 80.000 víctimas según el punto de vista del historiador. 

 Como lo explica Mohammed Harbi, « en Francia, las fuerzas políticas provenientes de la Resistencia se dejan manejar por el partido colonialista. « Les he otorgado de vivir en paz para los diez años que vienen; si Francia no hace nada, todo volverá a la situación anterior pero peor todavía y será probablemente sin remedio », alertó el general Duval, maestro de obra de la represión. El Partido Comunista Francés (PCF)  que describió a los líderes nacionalistas como  « provocadores pagados por el hitlerianismo » y que reclamó que esos “dirigentes sean pasados por las armas » (fusilados)- será, a pesar de su cambio de opinión enseguida y su combate para la amnistía, visto como un partidario de la colonización. » (3)

El enemigo interior.

Otro aspecto que quiero subrayar es la creación del « enemigo interior » en la política y la ideología francesa, esta surgió durante la guerra de Algeria. « El 17 de octubre 1961, Paris fue el escenario de una de los más grandes masacres de civiles de la historia contemporánea de Europa occidental. Este día, decenas de miles de argelinos marchan pacíficamente contra el toque de queda y la represión que se aplicaba contra ellos a partir del 5 de octubre. Esta disposición era impuesta por el prefecto de policía de la Seine, Maurice Papón. La reacción de la policía fue brutal y sanguinaria. Decenas de argelinos, quizás entre 150 y 200, fueron ejecutados por la policía. Algunos cuerpos fueron encontrados en el rio la Seine. Durante varias décadas, el recuerdo de este episodio importante de la guerra de Argelia será silenciado » (4).

Según Mathieu Rigouste (5), el concepto de enemigo interior data de esta época y está relacionado con la presencia de una emigración importante causada por la colonización : la historia del control de la migración en el pensamiento militar francés, anota, permite analizar, estudiando la reconstrucción de un enemigo interior socio-étnico, la regeneración y después la generalización en el tiempo y espacio, de una tecnología concebida para efectuar un control excepcional de poblaciones inferiorizadas ».

 En reacción al atentado de Nice (Francia) de julio 2016, Georges Fenech, el presidente de la comisión de investigación parlamentaria a propósito de los atentados de 2015 ha propuesto la creación de un « Guantánamo a la francesa ». Propone reunir todos los djiadistas de regreso de Siria en el centro penitenciario de la Isla de Ré. Ese concepto, que provoca mucha polémica, tiene sus raíces en la guerra de Argelia durante la cual el gobierno francés desarrolló unos « campos de reunificación » destinados a recluir los resistentes del FNL et así impedirles cualquier tipo de apoyo de parte de la población argelina. Bastaría con la introducción oficial de la tortura en Francia y así volveríamos a lo sucedido anteriormente. Por otra parte, este debate delirante ya ocurre en el seno del Frente Nacional: reintroducción de la tortura o, por ejemplo, pena de muerte para Salam Abdeslam, es permitido imaginar cualquier locura.

 Asesinatos políticos a gran escala.

La historia pacífica de Francia no se limite a las guerras: la patria autoproclamada de los derechos humanos también desarrolló una fuerte tradición de asesinatos políticos exterminado a los dirigentes nacionalistas de África y del Magreb. En el libro “Retornen los fusiles” (Retournez les fusils), Jean Ziegler dedica un capítulo a las campañas de asesinatos políticos organizados por los servicios secretos europeos y analiza el caso del Camerún: « Todos los dirigentes nacionalistas sin excepción fueron asesinados uno después de otro: Ruben UmNyobe, en 1955, y enseguida sus sucesores Isaac Nyobe Pandjok, David Mitton, Tankeu Noé » (6).  El asesinato del joven médico Félix-Roland Mounié, dirigente de la Unión de las Poblaciones del Camerún (UPC) que fue invitado por un « periodista » francés a un almuerzo. Félix-Roland Mounié  murió en Ginebra envenenado la noche siguiente. Este “periodista” era, en realidad, el coronel William Betchel, oficial francés del SDECE (servicio de documentación exterior y de inteligencia) y nunca será condenado por este crimen. Y muchos otros casos así… 
 
Está de moda ahora en Occidente la denuncia de la corrupción (evidente) de muchos jefes de los Estados africanos, pero sería mejor acordarse de que nuestros gobiernos y sus sicarios asesinaron casi todos los dirigentes nacionalistas íntegros que querían devolver la independencia, la dignidad y la justicia, a los países africanos. Siendo belga, no puedo olvidar de recordar a Patrice Lumumba, héroe africano ferozmente asesinado por el comandante belga Weber, el 17 de enero de 1961, y cuyo cuerpo fue disuelto en ácidos. Actualmente sus hijos luchan, y hasta el momento sin ningún resultado, para que los culpables y el Estado belga, sean condenados. Como lo recuerda Jean Ziegler: « Esa criminalidad de estado fue implacable: era imperativo acabar con los auténticos líderes nacionalistas para instalar en el poder a las élites autóctonas, adiestradas, influenciadas y controladas por el colonizador » (7). Matar a Lumuba para instalar al títere Mubutu, por ejemplo.

 Guerras, torturas, asesinatos políticos, esos son los verdaderos rostros de esta Francia que se presenta como portadora de las luces cuando actúa para defender su imperio colonial y los intereses de sus multinacionales, Elf, Total, Areva, Bolloré, Eramet, Technip, Bouygues, Orange, Geocoton, Rougier, etc. (8). Y no se trata de una historia del pasado, más bien de la vida cotidiana actual de millones de africanos.

 Lo que sí, es nuevo hoy día, es que la guerra, o al menos una mínima parte de esa guerra, llegó hasta nosotros, en el suelo francés o en el suelo belga. Víctimas civiles inocentes que mueren, y con ello se hunden familias enteras en el horror. ¿Por qué serramos los ojos frente a tantas víctimas inocentes en el tercer mundo?  Estas víctimas son causadas por nuestras guerras coloniales. ¿Por qué seguimos apoyando a estos gobiernos y sus partidos políticos que perpetúan esa misma política?

Si el discurso de los reclutadores del djihad atrae a tantos jóvenes, es porque la mayoría de las veces usa una retórica anti imperialista y porque cualquier otra forma de protesta en contra de nuestras sociedades de su parte ha sido reprimida (9). En vez de concentrar todo el debate sobre el aspecto religioso del fenómeno, sería más productivo analizar el aspecto político y hacer un balance correcto a propósito de nuestras políticas coloniales impregnadas de masacres y de guerras. Si los jefes de DAESCH nada tienen que ver con los dirigentes nacionalistas del siglo pasado, ellos ocupan una lugar preferencial en el vacío dejado por nuestro silencio cómplice de 70 años de política colonial caracterizada por guerras y masacres.

Pero, si queremos quebrar ese silencio, no hay que esperar nada de parte de los partidos en el poder ni de los partidos en la oposición porque, para ellos, poner en duda el colonialismo sólo les haría perder votos electorales. Sin embargo, como lo dice Jean Ziegler, hay que « elegir su campo» : la de quienes, a pesar de la represión y los masacres siguen resistiendo, y si, aquí, fueron muy pocos, existen entre otros, por ejemplo, los Henri Alleg, los miembros de la Red Janson, los cargadores de maletas anónimas, que pueden todavía hacernos querer a Francia. (Henri Alleg, autor de La question (la tortura en Argelia), libro denunciando el uso de la tortura en Argelia.

 Notas:

[1] http://chaoscontrole.canalblog.com/archives/2013/04/23/26991804.html

[2] Francis Azalier, Colonialisme et impérialisme : « l’exception française » ou « le mythe humaniste », in Une mauvaise décolonisation, La France : de l’Empire aux émeutes des quartiers populaires, Le temps des cerises, Pantin, 2007, p36-37

[3] Mohammed Harbi, Faces cachées de la seconde guerre mondiale La guerre d’Algérie a commencé à Sétif. Le Monde diplomatique, mai 2005, page 21 ; http://www.monde-diplomatique.fr/2005/05/HARBI/12191

[4] http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/10/17/17-octobre-1961-ce-massacre-a-ete-occulte-de-la-memoire-collective_1586418_3224.html

[5] Mathieu Rigouste, L’ennemi intérieur, de la guerre coloniale au contrôle sécuritaire, https://conflits.revues.org/3128

[6] Jean Ziegler, Retournez les fusils, Choisir son camp, Éditions du Seuil, Paris, 2014, pp 199-200

[7] Idem, p 198

[8] http://www.afrique-demain.org/economie-140-place-des-entreprises-francaises-en-afrique-subsaharienne

[9] Voir mon précédent article : 25 ans après la révolte des jeunes à Forest : Première, deuxième, troisième génération, toujours la répression… http://nadinerosarosso.blogspot.be/2016/05/25-ans-apres-la-revolte-des-jeunes.html

 

 

mercredi 13 juillet 2016

Réflexions d’après Brexit (2) : La révolution néo-libérale

À la fin de la seconde guerre mondiale, la droite était politiquement sur la défensive. L’Union soviétique avait payé un lourd tribut à la lutte contre le nazisme ; en France, le parti communiste portait le surnom glorieux de « parti des fusillés » et le rapport de forces penchait en faveur du monde du travail. Les luttes d’indépendance se développaient dans les colonies, la Chine de Mao représentait un espoir concret pour le Tiers-Monde dont les masses, elles aussi, avaient payé le prix de la guerre dans les armées des colonisateurs.

Dans ce contexte, la droite s’est réorganisée, elle a travaillé dans l’ombre, mais d’arrache-pied, à la reconquête intellectuelle et politique, pendant trois décennies. Il s’agissait de reconquérir les esprits et de préparer le terrain politique. L’aboutissement de cette reconquête, c’est l’Amérique de Reagan (1981-1990), la Grande-Bretagne de Thatcher (1979-1990) et le Chili de Pinochet (1973-1990).
Pour mettre en place cette « révolution conservatrice », une intelligentsia dûment financée par des milliardaires s’est organisée dans des fondations consacrées à l’étude et au débat théorique[1], dont la première est la Société du Mont-Pèlerin, fondée en 1947 par Friedrich von Hayek, considérée par Keith Dixon comme la « maison-mère des think tanks néo-libéraux »[2]. Ce courant de pensée, naturellement anticommuniste, s’est cependant concentré sur la critique en règle de tout le compromis social-démocrate conclu après la deuxième guerre mondiale, c’est-à-dire sur la démolition pièce par pièce de l’État-Providence, sur la nécessité de dénationaliser radicalement et de laisser agir les lois du marché, sur l’urgence de réduire l’État à ses fonctions régaliennes (police, armée, justice), sur la liquidation de tout mouvement syndical de contestation et de toute réglementation du marché du travail.


La sinistre Margareth Thatcher, pour ne parler que de l’Europe, a appliqué ce programme à la lettre, n’hésitant pas une seconde à déclarer la guerre totale aux mineurs britanniques, pendant une longue année de grève, de mars 1984 à mars 1985. L’enjeu de la grève, qui s’opposait à la fermeture de vingt mines de charbon déficitaires, n’était pas seulement économique (appliquer fermement la politique que l’État n’intervient pas pour sauver des entreprises) mais également et peut-être surtout politique : briser toute force de résistance, « les ennemis de l’intérieur »[3], soumettre les esprits des travailleurs définitivement à l’idée que, hors du marché, il n’y a point de salut. Le fameux « TINA », there is no alternative. Et domestiquer pour de bon toute forme d’opposition syndicale. C’est avec la même intransigeance et le même cynisme qu’elle laissera mourir dans les pires souffrances les prisonniers de l’IRA en grève de la faim.
À la fin de son mandat, « le marché du travail britannique est le plus déréglementé d’Europe » et « le Royaume-Uni est devenu le pays du « néo-libéralisme réellement existant » »[4]. Arrivée au pouvoir peu de temps après l’adhésion de la Grande Bretagne à l’Union européenne, Thatcher mènera le même combat au sein des instances européennes et contribuera nettement aux politiques de libéralisation de l’Union.
On aurait pu espérer que le retour au pouvoir des travaillistes avec Tony Blair (1997-2007) stopperait la machine infernale britannique et sa révolution néo-libérale. Mais c’est le contraire qui s’est produit. Ce sont les mêmes idées produites par les cercles néo-libéraux qui ont reformaté le parti travailliste. Depuis l’ère Reagan-Thatcher-Pinochet, toutes les forces politiques, de droite et de gauche, glissent inexorablement plus à la droite de leur position traditionnelle. Et c’est ce mouvement régulier, orchestré comme on l’a vu par une poignée de milliardaires depuis près de septante ans, qui rend aujourd’hui l’extrême-droite respectable.
Car si la droite néo- libérale s’est concentrée sur la politique économique et sociale pour conquérir l’électorat et le pouvoir, les travaillistes britanniques devront quant à eux prendre un détour pour faire passer les mêmes politiques socio-économiques : « Il s’agissait de ne laisser aucun thème politiquement porteur aux conservateurs, de chasser sur les terres conservatrices de l’idéologie sécuritaire et des ‘valeurs morales’ »[5]. La social-démocratie de Blair, déjà gagnée aux thèses libérales en matière d’économie, mais pas son électorat, qui en mesure de plus en plus les conséquences, va se reconstituer une base sociale en prônant la tolérance zéro contre la petite délinquance, les devoirs plutôt que les droits, la responsabilité individuelle et familiale plutôt que celle de la société. Une pratique politique que Blair résumera ainsi dans son livre New Britain : « Aujourd’hui le Parti travailliste est le parti de la loi et de l’ordre, et c’est très bien ainsi »[6].

L’engouement atlantiste de Blair dans tous ces domaines s’accompagnent de son engagement enthousiaste pour la deuxième guerre contre l’Irak en 2003. Le même enthousiasme guerrier que celui de Thatcher contre les Malouines. La nostalgie de l’empire britannique a la peau dure de l’autre côté de la Manche.




[1] Pour une description détaillée de ces think tanks, voir Keith Dixon, La mule de Troie, Blair, l’Europe et le nouvel ordre américain, Éditions du Croquant, Broissieux, 2003, p 117-121.
[2] Keith Dixon, Les évangélistes du marché, Les intellectuels britanniques et le néo-libéralisme, Raisons d’agir Éditions, Paris, 1998, p 21. Je recommande absolument la lecture de cet ouvrage pour comprendre comment s’est mise en place la révolution néo-libérale.
[3] « Nous avons dû combattre l'ennemi de l'extérieur aux Malouines. Nous devons toujours faire attention à l'ennemi de l'intérieur, qui est bien plus difficile à combattre et dangereux pour la liberté", assène-t-elle lors d'une réunion avec les parlementaires conservateurs. http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/margaret-thatcher-en-10-citations

[4] Op. cit. p 98
[5] Keith Dixon, Un digne héritier, Blair et le thatchérisme, Raisons d’agir Éditions, Paris, 2000, p 92
[6] Idem, p 93. Dans une note de bas de page, Keith Dixon remarque que « étrangement, ce passage qui se trouve à la page 42 du livre de Blair, New Britain, n’a pas été reproduite dans la version française ».

Réflexions d’après Brexit (1) : Le mythe de l’Europe sociale

En 1965, Georges Debunne, alors président de la Centrale Générale des Services Publics[1], écrivait : « L’Europe que nous voulons bâtir n’est pas celle des patrons, des cartels et des trusts, mais une Europe orientée vers la démocratie politique, économique et sociale, vers les relations pacifiques et la coopération avec les peuples »[2]. Pour y arriver, le dirigeant syndical souhaite obtenir, « dans les institutions européennes, les mêmes droits de consultation, de codécision et de contrôle que ceux que les organisations syndicales ont acquis sur le plan national. » Conformément à cette stratégie, il présidera la création de la Confédération européenne des syndicats (CES), le 8 février 1973, dont il sera vice-président, puis président jusqu’en 1985. La CES a toujours été partisane de la création d’États-Unis d’Europe, dotés de compétences supranationales et de l’élargissement à tous les pays démocratiques de l’Europe occidentale.

En 1958, le traité de Rome comportait un engagement à « promouvoir l’amélioration des conditions de vie et de travail permettant leur égalisation dans le progrès » et c’est essentiellement pour la présence de ce principe vague que les « syndicats sont devenus des défenseurs de la Communauté et de l’Union européenne ».
Près de cinquante ans après, Debunne constate avec amertume que ce principe a été retiré de la nouvelle Charte européenne, adoptée lors du sommet de Nice en décembre 2000.En 2003, Georges Debunne est de plus en plus pessimiste sur l’évolution de l’Europe ; il craint que son élargissement à venir ne rende définitivement impossible la restauration de ce principe dans les objectifs de l’Union[3].  Il a d’ailleurs consacré les dernières années de sa vie, jusqu’en 2008, à combattre le projet de Constitution européenne. Il a contribué, en chaise roulante, à faire adopter le « non » à la Constitution par la CGT française[4]. Cela l’empêchera pas la CES, qu’il a contribué à fonder en 1973, de se prononcer en faveur du « oui » au projet de Constitution européenne.
Si l’Europe que Debunne entendait bâtir ne devait pas être celle des patrons et des trusts, force est de constater, que « ces banquiers, ces industriels et ces aristocrates qu’on retrouve aux postes clés de la construction européenne ont trouvé le moyen (…) de revenir par étapes successives sur tout ce qu’ils avaient dû concéder »[5].
Manifestation à Bruxelles, en septembre 2010 des syndicats européens pour défendre une Europe plus sociale
Qui aujourd’hui peut encore défendre le mythe d’une Europe sociale ? Quelles organisation sociales, quels partis politiques, quels mouvement citoyens ont-ils aujourd’hui ou pourraient-ils construire dans un avenir proche, un début de rapport de forces capable de changer la nature de cette union antipopulaire ? Où était la solidarité populaire quand le tout nouveau gouvernement grec de Tsipras, soutenu par un mouvement de grèves et de manifestations sans précédent et par un référendum clair contre les diktats des banquiers européens, devait affronter l’élite européenne ? Plus d’un demi-siècle d’Union européenne et de syndicalisme européen a abouti à l’apathie la plus totale quand il s’agit de venir au secours d’un peuple qui a eu le courage de se rebeller. Cette occasion manquée ne reviendra pas de sitôt. D’autant plus que la gauche dite radicale représentée par Syriza s’est alignée sur cette élite en lieu et place d’entrer dans la résistance.

On ne peut même pas dire que l’Europe sociale et démocratique est enterrée car elle n’a jamais existé. Le thème même de l’Europe sociale et démocratique a avant tout été élaboré, non pas en opposition à la dictature des multinationales (patrons, trusts et cartels, dont parlait Debunne) mais bien en opposition d’une part à l’Union soviétique, et, plus globalement à ce qu’on appelait le camp socialiste jusqu’à la fin des années quatre-vingt, et d’autre part aux régimes fascistes qui sévissaient encore en Espagne, en Grèce et au Portugal. Le modèle politique et social des pays fondateurs (France, Allemagne, Italie, pays du Benelux) était le seul contenu donné à ce mot d’ordre. Autrement dit le capitalisme de l’immédiat après-guerre qui, sur fond d’investissements américains, d’exploitation coloniale éhontée et sous la menace du modèle communiste, avait concédé la sécurité sociale et un modèle de concertation propre à assurer la paix sociale. Modèle qu’on a appelé l’État-providence. Il n’y a jamais eu d’autre modèle que celui-là et quand ce modèle a volé en éclat, dès la fin des trente glorieuses, il n’y avait tout simplement plus de modèle du tout. Il n’y avait plus que les plans bien arrêtés des élites économiques, financières et intellectuelles qui ont façonné l’Europe d’aujourd’hui.

(à suivre: Réflexions d’après Brexit (2) : La révolution néo-libérale)



[1] Georges Debunne est né en 1918 et mort en 2008. En 1968, il deviendra secrétaire général de la FGTB et le restera pendant quatorze ans. Il organise à Bruxelles le Congrès fondateur de la Confédération européenne des syndicats (CES) en 1973. Il sera président de la CES de 1982 à 1985.
[2]La Tribune,  Cité par Georges Debunne, dans « À quand l’Europe sociale, Georges Debunne, Édition Syllepse, Paris, 2003, p 57
[3] Idem, p 168 « J’ai toujours été un Européen convaincu et j’ai agi pur que l’Europe soit démocratique et sociale. Aujourd’hui, je redoute la rapidité du calendrier, qui impose aux citoyens et au monde du travail une organisation politique et des conséquences sociales dont ils risquent d’être victimes »
[4] Georges Debunne, Il est possible de résister à l’Europe libérale, in Rassembler les résistances », Contradictions
[5] Raoul <Marc Jennar, Europe, la trahison des élites, édition augmentée, Fayard, Paris, 2005, p14