samedi 14 novembre 2009

Boycott et résistance : Israël et Afrique du Sud (14 novembre 2009)

Le boycott d’Israël prend une ampleur jamais vue grâce à la campagne BDS (Boycott, Désinvestissements et Sanctions), portée par des militants du monde entier. Il s’élargit de jour en jour. 

Certains arguments pour le boycott international d’Israël le présentent comme le moyen nouveau et ultime pour faire aboutir les droits du peuple palestinien, tous les autres ayant échoué. Selon ces pacifistes, le boycott est un moyen plus efficace que la résistance armée des Palestiniens. Cette argumentation s’appuie généralement sur le modèle du boycott contre l’apartheid en Afrique du Sud. Dans cette optique, l’abolition de l’apartheid et la libération de Nelson Mandela auraient essentiellement été le résultat du boycott international.

La vérité historique est un peu plus nuancée.
Rappelons d’abord que le boycott d’Israël est un mot d’ordre très ancien. Dans les années 80, les anti-impérialistes boycottaient de la même façon les pamplemousses de Jaffa ou les avocats de Carmel que les oranges d’Outspan ou les pommes du Cap. Ce qui a rendu aujourd’hui le boycott d’Israël plus massif et populaire, c’est avant tout le massacre sauvage de la population de Gaza par Tsahal et la résistance acharnée des combattants palestiniens. La victoire de la résistance libanaise de 2006, dirigée par le Hezbollah, avait déjà préparé le changement dans l’opinion internationale.

La lutte pour l’abolition de l’Apartheid en Afrique du Sud peut effectivement servir de référence à la lutte actuelle pour la Palestine, à condition que son histoire soit restituée fidèlement. La place du boycott international dans cette histoire doit être correctement évaluée.

Nelson Mandela a forgé sa réputation internationale en 1963, alors qu’il était l’avocat de douze combattants Sud-Africains emprisonnés, dont lui-même, inculpés de sabotage. Lors de ce procès, il affirma avec force que « sans violence, aucune voie de permettait au peuple africain de triompher dans sa lutte contre la suprématie des Blancs (…) Nous avons choisi de défier la loi. Tout d’abord, par des moyens qui évitaient tout recours à la violence ; puis, quand cette forme a elle aussi été interdite par la loi, nous avons alors décidé de répondre à la violence par la violence » (procès de Rivonia).

C’est Mandela, qui trois ans auparavant, a créé la branche armée de l’African National Congress ( ANC), l’Umkhonto We Siswe (« lance de la Nation »). Quand il est arrêté en 1962, après dix-sept mois de clandestinité, c’est sous l’inculpation de sabotage et de tentative de renversement violent du gouvernement. C’est grâce à sa défense sans compromis de la lutte révolutionnaire de son peuple que Mandela a reçu un large soutien international et qu’il est devenu le plus célèbre prisonnier politique du monde.

Après le massacre de Soweto, en 1976, Nelson Mandela adresse une lettre au peuple sud-africain, dans laquelle il affirme prier avec lui pour les martyrs tout en appelant la jeunesse à s’engager massivement dans la lutte. Suite à cet appel, des milliers de jeunes sud-africains partiront s’entraîner pour la lutte armée au Mozambique et en Angola.

A plusieurs reprises, inquiet de la popularité toujours croissante du prisonnier Nelson Mandela, le gouvernement sud-africain lui proposera sa libération, à condition que Mandela rejette la lutte armée comme arme politique. La réponse de Mandela a toujours été très claire : c’était non.

La jeunesse d’aujourd’hui a le droit de savoir que l’arme du boycott international contre l’apartheid en Afrique du Sud a fonctionné comme un soutien à la lutte révolutionnaire du peuple et de ses organisations nationales. Que le peuple sud-africain a utilisé tous les moyens à sa disposition pour renverser le régime raciste, allié d’Israël, et mis en place par la colonisation. Et que c’est cette lutte de masse, y compris la lutte armée, qui a permis au boycott international de fonctionner comme un puissant levier de solidarité mondiale.

La jeunesse d’aujourd’hui a le droit de savoir que le résistant Mandela, chrétien d’abord pacifiste puis organisateur de la lutte armée et allié des communistes, a été un des premiers combattants à recevoir le titre honorable de « terroriste ». Son organisation, l’ANC, dont il était membre depuis 1943, a été mise hors-la-loi en 1960 par le gouvernement sud-africain. Condamné en 1964 pour terrorisme, l’administration Bush ne le retirera de sa « Terror watch list » qu’en juillet 2008 !

La jeunesse d’aujourd’hui a le droit de savoir qu’au nom de cette lutte contre le terrorisme, le gouvernement sud-africain, tout comme le gouvernement israélien aujourd’hui, a non seulement emprisonné des centaines de combattants mais également commandité l’assassinat ciblé, par des escadrons de la mort, de dizaines de responsables politiques du mouvement de libération sud-africain.

Tout comme le massacre de Gaza et la résistance armée de l’hiver 2008-2009, c’est le massacre de Soweto et le développement de la lutte de masse qui s’ensuivit, en 1976, qui a donné son ampleur internationale au mouvement de boycott, dont les premières sanctions avaient commencé dès la fin des années soixante.

La liquidation de l’apartheid en Afrique du Sud a ainsi été le résultat d’une combinaison constante entre tous les moyens de lutte sur le terrain et la solidarité internationale, dont le boycott fut le point culminant.

Le boycott du sionisme existe depuis sa mise en œuvre par la Ligue arabe en … 1945 ! Et depuis 1948, c’est avant tout la résistance acharnée du peuple palestinien, par tous les moyens dont il dispose, qui tient en échec le colonialisme et les guerres permanentes du sionisme. Et c’est parce que le peuple palestinien continue de résister que nous devons développer de toutes nos forces le mouvement de boycott d’Israël qui commence enfin à prendre l’ampleur nécessaire.

Le boycott n’est pas une alternative à la résistance, c’est un soutien à la résistance. Et pour que ce soutien soit complet et cohérent, il doit comprendre l’appel à retirer le Hamas, le FPLP et toutes les organisations palestiniennes de résistance des listes d’organisations terroristes, avec autant de passion que nous avons chanté et crié pendant des années « Free Nelson Mandela ».








samedi 21 mars 2009

Mon alliance avec un « disciple du Hezbollah »

Dans le Journal du Mardi de mars 2009, Manu Abramowicz s’attaque à un thème essentiel sous le titre accrocheur : « Marteau, faucille et croissant ? ». Vu l’importance et la difficulté du sujet, on s’attendrait à une analyse sérieuse des courants politiques qu’il entend combattre. Mais dès qu’on lit les mots « Dyab Abou Jahjah, un disciple du Hezbollah », on peut savoir qu’il ne s’agit en rien d’une analyse politique sérieuse de quoi que ce soit.

Le « poids des mots » prend ici toute son importance : entre Dyab et le Hezbollah, un seul mot : « disciple ». Le disciple, c’est la « personne qui adhère aux doctrines de son maître ». Cette association de mots suggère tout de suite une image, Dyab suspendu aux lèvres de Nasrallah. Et il va de soi que ces deux mots collés au nom de Dyab suffisent à classer le personnage. C’est ainsi qu’on fait chez nous de la politique à propos de questions fondamentales.

Avant de les aborder, rappelons que la campagne de diabolisation de Dyab Abou Jahjah s’est étalée sur cinq ans durant lesquels à peu près tout ce qu’on peut inventer pour casser quelqu’un l’a été : trafic de diamants, consultation de sites pornographiques, incitation à l’émeute, constitution de milice privée… Ces mensonges policiers et médiatiques sont la base d’un dossier judiciaire de 3000 pages que la justice a dû éplucher une à une lors d’un procès, aux frais du contribuable. De ces 3000 pages, il n’est pas resté une lettre. Dyab Abou Jahjah et son co-inculpé, Ahmed Azzouz, ont été acquittés sur toute la ligne. Mais toutes les conditions ont ainsi été créées pour que les positions politiques réelles de Dyab ne soient ni étudiées ni discutées sérieusement. En Flandre, de nombreux intellectuels se sont néanmoins dressés pour aider au rétablissement de la vérité. Mais du côté francophone, à l’exception notable de l’avocat Jean-Marie Dermagne, le silence consentant était plutôt de rigueur. Après l’acquittement, il reste un mensonge à répandre, c’est le mythe d’Abou Jahjah, islamiste fondamentaliste.

Si le marxisme et le libre-examen devaient avoir quelque chose en commun, ce serait de chercher la vérité dans les faits. Un journaliste consciencieux aurait pris la peine de consulter le blog d’Abou Jahjah afin de connaître son positionnement politique exact au sein de la résistance libanaise.

Mais il y a là sans doute un premier hic. Qui s’intéresse vraiment à la résistance libanaise ici en Europe ? Pour tous les peuples qui luttent contre le colonialisme, « néo » ou classique, la résistance libanaise est une source d’inspiration. Pourquoi ?

La première raison, c’est que c’est la première résistance qui a battu Israël sur le terrain et l’a empêché de conquérir un nouveau territoire arabe, à savoir le Liban. Cette résistance est en effet née de la défaite de 1982, quand la si bien nommée invasion israélienne « Paix en Galilée » a permis à l’armée d’occupation de semer la désolation jusque dans la capitale libanaise. Ressuscitée littéralement de ses cendres, la résistance libanaise a mis 18 ans à se reconstituer jusqu’à pouvoir chasser l’occupant du sud du pays et rétablir l’indépendance nationale du Liban. Mais qui se soucie vraiment dans notre « gauche » de l’intégrité territoriale et de l’indépendance nationale d’un pays arabe ? Cette même résistance a pour la deuxième fois infligé une défaite militaire et politique cuisante à l’Etat sioniste lors de la nouvelle invasion de l’été 2006. Depuis la constitution de l’Etat sioniste, ce sont les premières victoires militaires d’une nation arabe contre cette politique constante de colonisation et d’expansion qui ont réduit la nation et les territoires palestiniens à de simples bantoustans. Après les trahisons et les capitulations successives des Etats arabes (et musulmans), la résistance libanaise a mis fin à la succession ininterrompue des victoires sionistes. C’est parce que la résistance libanaise a vaincu l’occupant militairement et politiquement qu’elle est reconnue dans cette immense partie du monde toujours dominée par le « néo »-colonialisme. Mais ici en Europe, on préfère s’indigner sur les « excès » d’Israël, sur ses « réactions disproportionnées » plutôt que de soutenir les seuls qui lui infligent les défaites.

La deuxième raison qui fait de la résistance libanaise une source d’inspiration pour de nombreux peuples, c’est le caractère extraordinairement diversifié et unifié de ses rangs. Au forum de Beyrouth où j’ai fait l’intervention « La gauche et l’appui à la résistance », Angeles Maestro, communiste espagnole, décrivait ainsi les caractéristiques de la résistance libanaise : « Un processus semblable (à celui en Palestine) s’est développé depuis quelques années au Liban, où des avancées électorales, des accords politiques et une collaboration armée se sont cristallisés et ont été mis en évidence de manière nette pendant l'attaque d'Israël à l'été 2006 et sa défaite postérieure. La direction politique et militaire de Hezbollah est indiscutable mais dans le cadre de ce qui est connu comme « Front de la Résistance », coalition qui intègre Amal, le Parti Communiste du Liban (PCL), des mouvements pro-syriens, comme Marada, auquel appartient le député Soleimán Frangié, le Courant Patriotique Libre du général Michel Aoun, majoritaire dans la communauté chrétienne, ainsi que toute une série de forces nationalistes et progressistes, comme le Mouvement du Peuple de Najah Wakim ou la Troisième Force, de l’ancien premier-ministre Selim Hoss
Le Hezbollah a remplacé le Parti Communiste libanais à la tête de la résistance, c’est un fait. Les militants de gauche, et en particulier les communistes, partout dans le monde, feraient beaucoup mieux de se pencher sur les raisons de leur perte d’influence dans le peuple plutôt que de se lamenter sur la montée des autres forces politiques. Ce qui est indiscutable au Liban, c’est que ce sont les forces qui restent les plus déterminées, intransigeantes et intègres dans la lutte contre le colonialisme et l’impérialisme, celles qui prennent de la manière la plus résolue en main toutes les questions vitales pour les couches populaires (enseignement, santé, sécurité nationale, etc.) qui gagnent leur confiance. Cette confiance s’est exprimée dans les urnes, tant au Liban qu’en Palestine.

Venons-en maintenant à notre « disciple du Hezbollah ». Naturellement, comme tout citoyen libanais qui se respecte, Dyab Abou Jahjah fait partie de la résistance libanaise et il entretient dans ce cadre des relations militantes avec le Hezbollah. Il n’en est cependant ni membre, ni disciple. Le procédé journalistique de Manu Abramowicz qui consiste à réduire la résistance libanaise aux « disciples du Hezbollah » produit un effet totalement pervers, qui est de nier toutes les autres forces politiques actives dans cette résistance, et en particulier les forces laïques et de gauche qu’il prétend défendre.



Dans toutes ses interventions publiques, Dyab se définit comme un nationaliste arabe et un socialiste anti-impérialiste. Il suffit de lire quelques articles sur www.aboujahjah.com, pour connaître la vision de Dyab Abou Jahjah sur la résistance mondiale et nationale à créer et sur la société à conquérir. « La lutte pour l’émancipation nationale et pour la justice sociale, contre le néo-colonialisme et les valets locaux de la classe dirigeante, est le dénominateur commun qui peut être le début d’une dynamique de mobilisation politique réelle, par les gens du peuple à la base et des segments révolutionnaires de la classe moyenne, indispensables pour construire un projet de société basé sur le socialisme et la démocratie populaire et préservant la fierté nationale et culturelle. C’est l’essence du nasserisme, c’est aussi  l’essence de ce que Chavez et Morales prouvent aujourd’hui en Amérique Latine. Le nationalisme et le socialisme dans un esprit de solidarité internationale : ceci est la réponse à l’exploitation et à la terreur globalisée. » (From Nasser to Chavez and Morales).
« Les démocrates nationaux sont pour un monde arabe qui doit renaître, libéré du néo-colonialisme américain et occidental et du racisme (et pour cela aussi du sionisme). Les démocrates nationaux veulent la défaite des Etats-Unis en Irak, du sionisme en Palestine et des régimes arabes partout, mais ils veulent aussi la défaite du salafisme dans sa forme extrémiste (Al qaida) ou dans sa forme modérée et potentiellement oppressive… Seul un nouveau parti national arabe peut mobiliser la majorité silencieuse et lui donner un meilleur choix que celui à faire entre les faux prophètes des Frères musulmans et les pharaons tyranniques. Cette option combine la démocratie, les droits humains et le développement avec la loyauté à notre civilisation et ses valeurs arabo-islamiques. Elle soutient en même temps la résistance dans toutes ses formes, contre l’oppression interne et externe. »  (The Arab People between Fake Prophets and Tyrannical Pharos).

Comprendre les divers courants politiques à l’œuvre au Moyen Orient, comme dans d’autres parties du monde, suppose un certain effort intellectuel. Il consiste en premier lieu à appréhender les réalités du monde telles qu’elles se présentent effectivement sur place et non à partir de schémas simplistes, imposés par la lecture occidentale du monde et empoisonnés par le modèle américain du « choc des civilisations ».

C’est sous l’influence de ce modèle qu’a été inventée la nouvelle étiquette à la mode : « l’islamo-gauchisme ». C’est seulement quand on se situe dans la logique du « choc des civilisations » qu’on peut plaquer cette étiquette sur quiconque prend le parti des résistances au colonialisme et à l’impérialisme. Pour ma part, cette étiquette me laisse assez indifférente. Je ne me situe pas dans cette logique. Ce genre d’appellation renvoie plutôt à l’accusation de « judéo-bolchévisme », invention des nazis pour tenter de discréditer les communistes qui donnaient leur vie en cachant des enfants juifs. Si on entend par là l’alliance des communistes avec les plus persécutés, dans un contexte mondial précis, il ne s’agit pas d’une insulte mais d’un compliment.

Comme le rappelle le Journal du Mardi, j’ai effectivement été « l’artisan d’un cartel électoral en 2003 entre le PTB et la Ligue arabe européenne ». Les opposants à mes prises de position sur le foulard ou sur la résistance libanaise et palestinienne reviennent régulièrement sur cet épisode électoral. Il me semble donc utile de rappeler ici les enjeux de cette alliance.
Cette alliance n’était pas un gadget électoral mais bien au contraire le résultat d’une analyse du monde qui me semble toujours d’actualité, sinon plus. Elle peut se résumer en quelques phrases. Les guerres menées par les Etats-Unis et leurs alliés depuis l’implosion du camp socialiste en 1989 (première guerre du Golfe en 1991, Afghanistan en 2001 et deuxième guerre contre l’Irak de 2003) font partie d’une seule et même guerre menée contre tous les peuples de cette terre. Elle prend des formes différentes selon les endroits du monde où elle se mène : agressions militaires, embargos et blocus, étranglement par la dette et les diktats du FMI, dérégulation totale de toutes les formes de protection du droit au travail, à la santé, fermetures massives d’entreprises et licenciements… Mais fondamentalement il s’agit de la même guerre. L’alliance entre le PTB et l’AEL (rejointe à l’époque par pas mal de progressistes en Flandre) n’était d’ailleurs pas la seule de cette fameuse campagne de 2003. Lors des mêmes élections, le PTB s’est désisté dans la région bruxelloise pour y soutenir la liste « Maria », composée majoritairement des ouvriers et employés licenciés par la faillite de la compagnie nationale d’aviation, la SABENA, un cataclysme dans la vie économique et sociale de la Belgique. La perspective était claire : prendre le temps de construire un grand front populaire contre toutes les formes de la guerre impérialiste, unissant les résistances au sein des métropoles occidentales et celles des peuples dans le monde.

Les communistes sont internationalistes ou ils n’ont plus de raison d’être. Et c’est précisément à l’heure où chacun a le mot « mondialisation » à la bouche que nombre d’entre eux se replient sur une conception locale et étroite de l’action et de la pensée militantes. Il s’agit de plaire à « sa » classe ouvrière ou plus précisément à cette partie de la classe ouvrière angoissée par les ravages de la crise qui minent peu à peu tous les acquis sociaux. Les travailleurs d’Opel Anvers, site menacé de fermeture à court terme, se trouveraient aujourd’hui dans un meilleur rapport de forces si le front embryonnaire avait été consolidé, entre les travailleurs licenciés de la SABENA, ceux de Clabecq, les sans-papiers, les jeunes des quartiers, les sans-abri, les altermondialistes, les opposants aux guerres made in USA et les dizaines de milliers de personnes solidaires avec la Palestine. Plutôt que de se retrouver en tête-à-tête avec Kris Peeters, Angela Merkel et la direction américaine de General Motors.

L’abandon de l’internationalisme produit des choses bizarres. J’étais ainsi sidérée d’apprendre il y a peu que, pour obtenir le droit de se présenter aux élections, le PTB n’a plus recueilli ses parrains parmi les électeurs mais bien auprès d’un député de la liste Dedecker, qui ne cache pas son ambition de gouverner un jour avec le Vlaams Belang. L’interview de Peter Mertens dans Knack aurait pourtant dû me préparer à la nouvelle. Le président du PTB nous y apprend comment la gauche « liquide les tabous », selon une expression chère au Journal du Mardi : « La gauche a commis des erreurs. Nous aussi, nous aurions dû mener le débat avec la droite de manière plus soutenue et mieux. Il ne fait pas de doute que le succès de la droite est lié à l’exaspération de beaucoup de gens qui ont vu leurs quartiers se dégrader sérieusement au cours des dernières décennies. Des gens qui ne peuvent pas quitter le quartier parce que leur pension est insuffisante, mais qui ne s’y sentent plus chez eux parce que de nombreux immigrés sont venus y habiter. Nous aussi, au PTB, nous avons sous-estimé cette évolution, et nous portons donc aussi notre part de responsabilité ». Du rejet de la liste Resist à la constatation que les quartiers « se dégradent » avec l’arrivée de « nombreux immigrés » et que « les gens » ne s’y sentent plus chez eux, le pas est franchi dans l’allégresse. Les « gens » (entendez les travailleurs pauvres « de souche ») ne se sentent plus « chez eux » quand ils cohabitent avec les travailleurs pauvres issus du Tiers Monde ou de cette partie de l’Europe qui a conquis en 1989 la liberté d’exploiter.


Je poursuis quant à moi le combat entamé. De mon intervention à Beyrouth, le Journal du Mardi ne publie que l’extrait où je reconnais que mes « convictions politiques sont minoritaires dans la gauche ». J’étais peut-être alors trop pessimiste. Mon intervention, envoyée à une vingtaine de personnes, a fait le tour du monde. Elle a été traduite en néerlandais, anglais, espagnol, italien, arabe, portugais, grec et roumain. J’ai reçu des dizaines de réactions provenant de tous les continents, de l’Inde au Canada, du Sénégal au Venezuela. Elle est répertoriée sur des dizaines de liens Internet. Je ne peux qu’en déduire que ce débat est fondamental et que l’aspiration de nombreux militants dans le monde est de travailler à ce front, quelles que soient les difficultés qui nous attendent.


samedi 17 janvier 2009

La gauche et l’appui à la résistance (janvier 2009)

                                       

Intervention au Forum international de Beyrouth pour la résistance, l’anti-impérialisme, la solidarité des peuples et les alternatives, le 17 janvier 2009

La question clé de ce forum est celle de l’appui aux résistances à l’impérialisme, partout dans le monde. En tant que militante communiste belge indépendante, je voudrais aborder uniquement le problème de la gauche européenne sur cette question.

Les manifestations massives dans les capitales et les grandes villes européennes pour soutenir le peuple de Gaza viennent de mettre encore une fois en évidence le problème central : la toute grande majorité de la gauche, y compris les communistes, accepte de soutenir le peuple de Gaza face à l’agression israélienne mais refuse de soutenir ses expressions politiques, comme le Hamas en Palestine ou le Hezbollah au Liban. Non seulement la gauche ne les soutient pas, mais elle les dénonce et les combat. Son soutien au peuple de Gaza se situe sur le plan humanitaire et non sur le plan politique.

En ce qui concerne le Hamas et le Hezbollah, la principale préoccupation de la gauche est l’appui des masses arabes à ces formations et non l’intention délibérée et hautement proclamée d’Israël de les anéantir. Sur le plan politique, on peut dire sans exagérer que le souhait (plus ou moins ouvertement avoué) de la gauche se situe sur la même ligne que celle du gouvernement israélien : liquider le soutien populaire au Hamas et au Hezbollah. Cette question se pose non seulement pour le Moyen-Orient mais aussi au sein des capitales européennes parce que la grande masse des manifestants à Bruxelles, Londres ou Paris aujourd’hui y est constituée des populations issues de l’immigration maghrébine et d’autres pays du tiers monde.

Les réactions de la gauche sur ces manifestations sont  symptomatiques. Je vous en cite quelques-unes, parmi des dizaines. Le site de Res Publica, en France, titre après la grande manifestation parisienne du 3 janvier 2009 : « Nous refusons d’être piégés par les islamistes du Hamas, du Jihad islamiste et du Hezbollah ! ». « Quelques militants de gauche et d’extrême gauche (qui ont très faiblement mobilisé) se sont retrouvés littéralement noyés dans une foule dont les opinions sont aux antipodes de ce qu’incarne le mouvement républicain français et de ce que prône la gauche du XXIème siècle. Plus de 90 % des manifestants ont défendu une vision du monde intégriste, communautariste, fondée sur la guerre des civilisations, anti-laïque, anti-républicaine et prôné un relativisme culturel dont on connaît toutes les dérives néfastes, notamment en Angleterre ».

Res Publica n’est ni marxiste ni communiste, mais on cherche en vain sur des sites marxistes le moindre mot positif sur Hamas. On trouvera des formulations telles que « Quoiqu’on puisse penser sur le Hamas, une chose est indiscutable : la population palestinienne a élu démocratiquement le Hamas à la direction de Gaza, lors d’élections qui se sont déroulées sous contrôle international ». Et quand on cherche plus loin sur « ce qu’on peut penser du Hamas », on trouve tant sur le site du Parti Communiste Français que sur celui du Parti du Travail de Belgique un article intitulé «  Comment Israël a mis en selle le Hamas ». On y apprend que le Hamas a été soutenu par Israël, les États-Unis et l’Union européenne, un point c’est tout. Je souligne que cet article a été mis en ligne le 2 janvier, après une semaine de bombardements israéliens intensifs et la veille de l’offensive terrestre dont le but proclamé est la destruction du Hamas.

Je reviens sur la citation de Res Publica parce qu’elle résume assez bien l’attitude générale de la gauche non seulement vis-à-vis de la résistance palestinienne mais aussi des masses arabes et musulmanes eu Europe. Le plus intéressant de cette citation se trouve dans la parenthèse : la gauche et l’extrême gauche (qui ont très faiblement mobilisé). On pourrait s’attendre, après un tel aveu, à un bilan un tant soit peu autocritique de cette absence de mobilisation, en plein carnage du peuple palestinien. Mais non, toute la charge est dirigée contre la masse des manifestants (90%) à qui il est reproché de mener la « guerre des civilisations ».

Dans toutes les manifestations auxquelles j’ai participé à Bruxelles, j’ai demandé à des manifestants de me traduire les slogans scandés en arabe et ils l’ont chaque fois fait avec plaisir. J’ai entendu beaucoup de soutien à la résistance palestinienne et beaucoup de dénonciation  des gouvernements arabes, en particulier du président égyptien Mubarak, des crimes d’Israël, du silence assourdissant de la communauté internationale ou de la complicité de l’Union européenne. Selon moi des mots d’ordre politiques tout à fait appropriés à la situation. Mais sans doute que certains n’entendent que « Allahu aqbar ! » et se font leur opinion sur cette seule base.

Le fait même que des slogans sont criés en arabe suffit parfois à irriter la gauche. Ainsi le comité organisateur de la manifestation du 11 janvier était préoccupé des langues qui y seraient utilisés. Mais ne peut-on tout simplement pas diffuser les traductions de ces slogans ? Ce serait peut-être le premier pas dans la compréhension mutuelle. Quand nous manifestions en 1973 contre le coup d’état militaire pro-américain de Pinochet au Chili, personne ne se serait aviser de dire aux manifestants latino-américains « Scandez en français, s’il vous plait ! ». Pour mener ce combat, nous avons tous appris des slogans en espagnol et cela ne choquait personne.

Le problème est bien dans la parenthèse : pourquoi la gauche et l’extrême gauche mobilisent si peu ? Et pour être plus clair, la gauche et l’extrême gauche sont-elles encore capables de mobiliser sur ces questions ?

Le problème était déjà évident lors de l’invasion israélienne du Liban à l’été 2006.
Je voudrais citer ici un Israélien antisioniste, qui a trouvé refuge à Londres, le musicien de jazz Gilad Atzmon, et qui disait déjà, six mois avant l’invasion : « Depuis pas mal de temps, il est très clair que l’idéologie de gauche se débat désespérément pour trouver sa voie au milieu de la bataille en train d’émerger entre l’Occident et le Moyen-Orient.  Les paramètres de ce qu’il est convenu d’appeler le "clash entre civilisations" sont si clairement en place que le militant de gauche "rationnel" et "athée" est à coup sûr condamné à se retrouver plus près de Donald Rumsfeld que d’un religieux musulman ».

Il est difficile de poser le problème plus clairement.
Parmi les paramètres, je voudrais en traiter brièvement deux qui paralysent littéralement la gauche dans son soutien à la résistance palestinienne, libanaise et plus généralement arabe et/ou musulmane : la religion et le terrorisme.

La gauche et la religion

Atterrée par les sentiments religieux présents dans les masses populaires issues de l’immigration, la gauche, marxiste ou non, brandit régulièrement la célèbre phrase de Marx « La religion est l’opium du peuple ». Elle pense ainsi avoir tout dit. Il faut soumettre le peuple à une sérieuse cure de désintoxication et ceci avant tout autre chose. J’aimerais vous lire la citation de Marx qui aboutit à cette conclusion et si je cite Marx ce n’est pas pour me cacher derrière une sommité mais c’est parce que j’espère ainsi faire réfléchir au moins ceux qui s’en revendiquent.

« La religion est la théorie générale de ce monde, (..) sa logique sous forme populaire, son point d’honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son comportement solennel, sa raison générale de consolation et de justification. (…) La misère religieuse est à la fois l’expression de la misère réelle et d’autre part la protestation contre cette misère. La religion est le soupir de la créature accablée, le cœur d’un homme sans cœur, comme elle est l’esprit des temps privés d’esprit. Elle est l’opium du peuple… ».

J’ai toujours été athée et je le reste mais je ne suis pas du tout étonnée de la montée des sentiments religieux dans les peuples. Dans le monde d’aujourd’hui, la plupart des hommes politiques, y compris de la gauche, aiment proclamer leur impuissance : ils ne peuvent rien contre la supériorité militaire des Etats-Unis, ils ne peuvent rien, ou presque, contre les spéculations financières et la logique du profit qui ruinent, affament et tuent des milliards d’êtres humains sur cette planète. Tout cela, c’est « la main invisible du marché ». Mais quelle différence y a-t-il entre une « main invisible » et « l’intervention divine » ? La seule différence, c’est que la théorie de la « main invisible » désarme totalement les masses dans leur soif de justice sociale et économique et que « l’intervention divine » semble souvent les aider à tenir bon et à résister. Que cela nous plaise ou nous déplaise, ce n’est pas en crachant sur des milliards d’être humains que nous allons nous rapprocher d’eux.

La gauche fait exactement la même chose que ce qu’elle reproche aux islamistes : elle n’analyse la situation qu’en termes religieux. Elle refuse d’entendre les propos religieux comme « une protestation contre la misère ». Et on pourrait ajouter aujourd’hui contre l’impérialisme, le colonialisme et le néo-colonialisme. Et par ce refus elle se coupe totalement d’une immense partie des masses populaires. Et je ne peux pas mieux dire que Gilad Atzmon « Plutôt qu’imposer nos croyances à d’autres, nous ferions bien mieux d’apprendre à comprendre ce en quoi les autres croient. ». Parce que si nous continuons à refuser d’apprendre à comprendre, nous passerons le reste de notre vie à nous lamenter sur les sentiments religieux des masses au lieu de les rejoindre dans leur combat pour la paix, l’indépendance et la justice sociale et économique.

A propos de la religion, il est important d’ajouter que le sort réservé à la religion musulmane est fort différent de celui réservé, même par la gauche, à la religion chrétienne. Je n’ai jamais perçu aucune réticence de la gauche à se solidariser avec les évêques latino-américains partisans de la théologie de la libération en lutte contre l’impérialisme yankee dans les année 70, ni avec le catholicisme déclaré de la résistance irlandaise contre l’impérialisme britannique. Je n’ai jamais entendu la gauche critiquer Martin Luther King pour ses références à l’évangile qui ont été un puissant levier de mobilisation pour la masse des travailleurs noirs américains, privés de tous les droits politiques, économiques et sociaux dans les USA des années soixante. La différence de traitement, la méfiance systématique à l’égard des musulmans, tous soupçonnés, sans distinction, de vouloir nous imposer la Charia, ne peut s’expliquer que par l’empreinte indélébile du colonialisme sur nos consciences.  N’oublions quand même pas que les communistes, comme ceux du Parti Communiste Belge, ont réussi à vanter les mérites de la colonisation, colportée avec enthousiasme par les missionnaires chrétiens.

Ainsi, en 1948, au sortir d’une résistance héroïque des partis communistes contre l’occupant nazi, on pouvait lire dans le programme du Parti Communiste de Belgique pour le Congo : « a) Réalisation d'une seule entité économique Belgique-Congo;
b) Développement des échanges avec la colonie et valorisation de ses richesses nationales;
c) Nationalisation des richesses et des entreprises trustées au Congo;
d) Développement du colonat blanc, du paysannat et de l'artisanat noir;
e) Extension progressive aux populations noires des droits et libertés démocratiques
. » C’est ce genre d’éducation politique des travailleurs qui a abouti à l’absence quasi totale de réaction de ces mêmes travailleurs face à l’assassinat de Patrice Lumumba et de Pierre Mulele, comme des dizaines d’autres dirigeants et militants africains anti-impérialistes. Car « notre » civilisation chrétienne est quand même quelque chose de civilisé, n’est-ce pas ? Et nous ne pouvons étendre les droits et libertés démocratiques aux masses du tiers monde que de façon « progressive », vu qu’elles sont trop barbares pour en faire un bon usage.
C’est exactement ce même type de raisonnement politique colonial qui fait qu’aujourd’hui la gauche se mord les doigts d’avoir soutenu les élections démocratiques en Palestine. Dommage, il aurait fallu être plus « progressif » puisque maintenant la majorité a voté Hamas. Pire, la gauche reproche à l’Occident d’avoir « forcé la main à l’OLP pour organiser des élections législatives en 2006 alors que tout indiquait que le Hamas allait les remporter ». C’est ce qu’on peut lire aujourd’hui sur le site du Parti Communiste Français et du Parti du Travail de Belgique.

Si l’on cessait de se focaliser sur les convictions religieuses, on pourrait peut-être « apprendre à comprendre » pourquoi les masses arabes et musulmanes qui manifestent aujourd’hui pour la Palestine crient « zéro » à un dirigeant arabe et musulman comme Mubarak et clament le nom de Chavez, un dirigeant latino-américain et chrétien. Est-ce que ces masses n’expriment pas ainsi clairement que leur grille de lecture n’est pas, en premier lieu, la religion mais bien la position à l’égard de l’impérialisme américain et sioniste ?
Et si la gauche posait le problème radicalement en ces termes, est-ce qu’elle ne pourrait pas retrouver un petit peu du soutien populaire qui a fait sa force ?

La gauche et le terrorisme
La seconde grande source de paralysie de la gauche dans le combat anti-impérialiste est la hantise d’être assimilée au terrorisme.

Le président de la Chambre des représentants allemande, Walter Momper, la chef de la fraction des Verts Franziska Eichstädt-Bohlig, un chef du Linke Klaus Lederer, et d’autres encore ont manifesté à Berlin en soutien à Israël sous le slogan « Halte à la terreur du Hamas »[1]. Il faut savoir que la formation de gauche allemande Die Linke est considérée par beaucoup en Europe comme une alternative crédible et nouvelle pour la gauche.

Toute l’histoire de la colonisation et de la décolonisation est une histoire de terres volées par la force militaire et reconquises par la force. De l’Algérie au Vietnam, de Cuba à l’Afrique du Sud, du Congo à la Palestine, aucune puissance colonisatrice n’a renoncé par la négociation et le dialogue politiques à sa domination. C’est aussi le sens que Gilad Atzmon vient de donner la semaine passée aux tirs de roquette du Hamas : « Cette semaine, nous en avons appris un peu plus sur l'arsenal balistique du Hamas. Il est évident que le Hamas a fait preuve d'une certaine retenue avec Israël depuis trop longtemps. Le Hamas s'est retenu d'étendre le conflit à l'ensemble du sud d'Israël. Il m'est venu à l'esprit que les volées de roquettes qui se sont abattues sporadiquement sur Sderot et Ashkelon n'étaient en réalité rien d'autre qu'un message des Palestiniens emprisonnés. C'était d'abord un message à la terre, aux champs et aux vergers volés : 'Notre terre adorée, nous ne t'avons pas oubliée, nous combattons encore pour toi, au plus vite nous reviendrons, nous reprendrons là où nous avons été arrêtés ». Ce qu’un juif né sur le sol d’Israël peut comprendre, reste incompris et en tout cas indéfendable pour la gauche européenne : la nécessité et le droit des peuples à reprendre par la force ce qui leur a été volé par la force.

Parce que depuis le 11 septembre 2001, tout usage de la force dans la lutte anticoloniale et anti-impérialiste est répertorié dans la catégorie « terrorisme » ; il n’est même plus question d’en discuter.

Il faudrait pourtant rappeler que le Hamas a été placé par les Etats-Unis sur la liste des organisations terroristes bien longtemps avant le 11 septembre, en 1995. C’est en janvier 1995 que les Etats-Unis ont élaboré la « Specially designated terrorist List (STD) » sur laquelle on retrouvait pratiquement tous les mouvements, partis et organisations du tiers monde qui ont recours à la lutte armée contre l’impérialisme. Mais c’est surtout après le 11 septembre, et avec le lancement de la « global war on terror (GWAT) », la guerre globale contre le terrorisme de l’administration Bush, que la capitulation d’une grande partie de la gauche a commencé. La peur d’être classée parmi les terroristes ou parmi des partisans du terrorisme n’est plus seulement politique ou idéologique, elle est aussi pratique. La directive de l’Union européenne pour la lutte contre les organisations terroristes a été traduite dans la plupart des législations nationales par un « copier-coller » qui permet aux tribunaux de poursuivre nombre de militants suspectés de soutenir le terrorisme. A Londres, des militants vendant des brochures comportant une analyse marxiste du Hamas ont été arrêtés et leurs brochures saisies. Autrement dit, se renseigner ou en renseigner d’autres sur le programme politique et sur les agissements du Hamas (ou – à terme - du Hezbollah) devient une entreprise illégale.

Chacun est donc prié, pour vivre en paix, d’au minimum prendre ses distances et si possible de condamner sans réserve ces formations politiques. Dans ces conditions, on voit mal comment la lutte politique entre la gauche et ces courants pourrait se mener de façon saine.

J’ai donc une proposition très concrète à faire : nous devons lancer un appel pour faire retirer le Hamas de la liste des organisations terroristes. Nous devons nous opposer aux tentatives européennes actuelles d’y placer également le Hezbollah. C’est la moindre des choses que nous puissions faire si nous prétendons soutenir la résistance palestinienne, libanaise et arabe. C’est la condition démocratique minimale pour qu’un soutien à la résistance soit possible et qu’une confrontation des courants politiques différents au sein de la résistance à l’impérialisme soit possible. C’est la condition politique indispensable pour que la gauche ait la moindre chance de se faire entendre par les masses en lutte contre l’impérialisme.

Je suis parfaitement consciente que mes convictions politiques sont minoritaires dans la gauche et en particulier parmi les communistes européens. Cela me préoccupe profondément, non pas pour mon propre sort, je ne suis qu’une militante parmi d’autres, mais pour l’avenir de l’idéal communiste qui est la suppression de l’exploitation de l’homme par l’homme et, dès lors, inéluctablement, l’abolition de l’oppression impérialiste, coloniale et néo-coloniale.










[1]